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Ces petits et gros travers qui me sont salutaires

18 Mai

Assumer pleinement ses défauts, c’est toujours plus drôle que de chercher à les camoufler. C’est pourquoi je vous présente aujourd’hui un condensé des principaux traits de personnalité qui font de moi une femme imparfaite et une travailleuse épanouie. Parce que oui, c’est possible de tirer parti de ses imperfections. C’est même le fun.

 

J’ai une tête de cochon.

C’est beau de me voir aller lorsque je dois prendre une décision. Je demande conseil à tout le monde et, au final, je n’écoute personne. On me dit blanc, je dis noir. On me dit de prendre mon temps, je fonce tête baissée.

Cela dit, cet esprit de contradiction m’a été fort utile lorsque je me suis lancée à mon compte. Plusieurs me disaient que je n’étais pas suffisamment expérimentée. Que je devrais me laisser le temps d’apprivoiser mon métier. Oh, come on. Un métier, ça ne s’apprivoise pas; ça s’acquiert. J’ai tellement bien fait de ne pas écouter ceux qui prétendaient le contraire.

 

J’ai un peu (beaucoup) de misère avec l’autorité.

Pas pour rien que je n’ai jamais su garder un poste bien longtemps en entreprise. Les patrons et les gestionnaires me donnent de l’urticaire. En tant qu’employée, j’étais constamment tiraillée entre la volonté de leur plaire et l’envie de les envoyer promener. Envie que je devais réprimer, bien entendu, ce qui avait souvent pour effet de décupler ce sentiment d’animosité. Me faire dire quoi faire et, surtout, comment le faire? Non merci.

Être ma propre patronne me permet de faire les choses à ma manière, sans compromis. Mais toute médaille a son revers; je suis intransigeante, impitoyable et inflexible. Probablement pire que les pires boss que j’ai eus.

Je doute. De tout. Tout le temps.

J’essaie de ne rien tenir pour acquis, pas même les faits les plus banals maintes fois avérés. J’aime les théories alternatives. Je suis méfiante, critique, sceptique. Il n’y a pas si longtemps, l’un de mes passe-temps favoris consistait à remettre en question certains fragments de l’Histoire telle qu’elle nous est racontée sur les bancs d’école. Mes proches n’en pouvaient plus.

Mais ça, cet esprit critique qui frise la paranoïa, c’est merveilleux pour une traductrice! C’est même une nécessité. Je suis sûre à 99 % du sens attribué à tel terme dans tel contexte? Le 1 % de doute qui subsiste va m’inciter à consulter un ouvrage de référence. Tel mot était critiqué la dernière fois que je l’ai croisé dans un texte? Je vais aller vérifier si c’est toujours le cas. T’sais, des fois que.

 

Je suis un p’tit peu obsessive…

Dans mon frigo, c’est comme à l’épicerie : tous les condiments sont placés de manière à ce que je puisse lire la marque du produit plutôt que l’étiquette de la valeur nutritive. Dans ma bibliothèque, les livres sont classés du plus gros au plus petit. Dans ma pharmacie, ben, vous l’aurez compris : les crèmes analgésiques ne sont certainement pas rangées sur la même tablette que les sirops pour la toux.

Dans ma vie professionnelle, c’est un peu pareil. Chaque chose à sa place, chaque chose en son temps. J’ai adopté une technique de travail pour être certaine de ne rien laisser au hasard. Et, bien entendu, je relis mes textes deux fois plutôt qu’une avant de les envoyer. Bon, okay. Cinq-six fois, mettons.

 

… et maladivement compétitive.

Une fois, au secondaire, j’ai obtenu 92 % à un examen d’histoire. J’étais super contente de mon résultat… jusqu’à ce qu’un collègue de classe m’annonce, tout sourire, qu’il avait eu 94 %. Je lui aurais pété une dent.

Oui mais Jenny, ça fait presque 15 ans de ça, me direz-vous. T’as probablement gagné en maturité depuis le temps. Ben, en fait… non. Sur cet aspect-là, pas vraiment. Je suis toujours obsédée par cette volonté d’être la meilleure dans tout ce que je fais. Maintenant que je ne suis plus en compétition avec les autres, l’un de mes défis consiste à être bonne joueuse et à accepter, parfois, de n’être pas toujours égale à moi-même.

Je vous laisse sur cette citation de Vince Lombardi que j’ai collée bien en vue dans mon bureau et qui résume plutôt bien ma philosophie :

« La perfection n’est pas atteignable, mais si nous visons la perfection, nous pourrons atteindre l’excellence. »

Jenny xx

Famine ou festin

19 Avr

L’année avait commencé lentement; normal. En janvier, on a tous l’esprit embrumé par les parfums de menthe poivrée et les restants de dinde farcie. En février, ça a décollé. Les mandats rentraient à la pelle, si bien que mon chiffre d’affaires a dépassé mes plus folles attentes. Ça y est, ma grande, t’es partie pour la gloire, que je me suis dit. Puis, le mois de mars est arrivé, et j’ai déchanté.

 

T’sais, t’as beau rouler à 120 km/h et avoir assez d’essence pour te rendre à destination, t’es jamais à l’abri d’une crevaison. Ben c’est un peu ça qui est arrivé.

Je me suis tourné les pouces pendant la quasi-totalité des deux premières semaines du mois, espérant vainement recevoir ZE mandat qui me permettrait de renflouer mes coffres. Au cours de ces 15 jours qui ont semblé durer une éternité, j’ai eu quelques petits contrats, mais rien pour se péter les bretelles ou espérer manger autre chose que du Kraft Dinner la semaine d’après. Et dire que j’avais commandé du resto trois jours de suite au début du mois. Force est de constater qu’ils avaient raison, ceux qui affirmaient que dans ce monde-là, c’est tout ou rien. Famine ou festin.

Crédit : Giphy

Une amie dont j’admire l’optimisme m’a suggéré de voir cette période creuse comme des vacances. Pas fou, comme idée. Sauf que je n’ai guère l’habitude de passer mes vacances à faire des allers-retours entre Netflix et ma boîte courriel, les fesses résolument scotchées à ma chaise d’ordi. Et puis, un moment donné, ça va faire, l’oisiveté. Une journée à se la couler douce, c’est bien. Une dizaine, voire une quinzaine de suite, ça commence à peser lourd sur le moral.

Il fallait que je m’occupe, ou j’allais devenir folle. Au bout de quelques jours, j’ai sorti tout ce qu’il restait de flocons d’avoine dans le garde-manger et j’ai fait une grosse batch de muffins. J’ai proposé mes services à des clients potentiels. J’ai jasé avec une collègue traductrice des enjeux de la profession et j’ai lu pas mal d’articles sur l’actualité locale et internationale. Faute d’être fortunée, j’allais au moins être cultivée.

C’est assez démoralisant de rembourser une bonne partie du montant accumulé sur ta carte de crédit et de devoir la remplir à pleine capacité le mois suivant. Pourtant, c’est une réalité à laquelle sont confrontés de nombreux pigistes, et d’après ce que j’ai pu voir et entendre, l’expérience et les compétences n’ont pas grand-chose à voir là-dedans.

Je ne sais pas trop si ça me rassure ou si ça me décourage de savoir que même les pigistes chevronnés, reconnus comme des sommités dans leur secteur d’expertise, vivent des périodes creuses de temps en temps. Le 8 avril dernier, mon entreprise individuelle a célébré son premier anniversaire. J’ai encore beaucoup à apprendre, autant sur les rudiments de ma profession que sur la gestion budgétaire. C’est tellement tentant de se gâter et de faire des dépenses pas très raisonnables et assez peu rationnelles lorsque le mois a été lucratif et que l’argent rentre à flots. On se dit qu’on le mérite, et avec raison. Mais rien ne garantit que ça ira aussi bien le mois suivant. Dans le merveilleux monde de la pige, un accident est si vite arrivé. Aussi bien jouer de prudence et garder ses économies, aussi modestes soient-elles, pour pallier les imprévus.

Même si je ne changerais ma situation pour rien au monde, je l’avoue; des fois, je suis jalouse de mes amis salariés qui reçoivent leur paie aux deux semaines. Qui n’ont pas à se demander si tel client réglera sa facture avant que le proprio encaisse le chèque du loyer. Ou si tel autre client réglera sa facture tout court.

Aux alentours du 20 mars, le vent a commencé à tourner, et ça a redécollé tranquillement pas vite. Je maintiens grosso modo la même vitesse de croisière depuis le temps. Je suis comme la p’tite mémé qui active le régulateur de vitesse à 70 km/h sur l’autoroute. Ça roule, mais ça roule lentement. Sauf que, contrairement à mémé, j’ai des réflexes bien aiguisés. Je suis prête à enfoncer l’accélérateur n’importe quand. En attendant, je profite du paysage. Et de mes muffins.

Jenny xx

La fois où j’ai gaffé

22 Mar

Les mots me manquent pour décrire la joie que j’ai ressentie lorsque j’ai reçu mes premiers contrats. Au début, on m’envoyait de tout petits textes; ça allait bien. Puis, un jour, un client m’a fait parvenir un méga-document en me demandant d’évaluer le temps nécessaire à la traduction. Trois jours! que j’ai répondu haut et fort dans la minute qui a suivi, sans même prendre le temps de regarder plus loin que les trois premières pages.

 

T’es sûre? que le client a dit. Déjà, j’aurais dû me méfier. C’est plutôt rare qu’un client demande à son fournisseur de services de lui confirmer le délai de livraison d’un mandat, à moins qu’il ait des motifs raisonnables de penser que ledit fournisseur est complètement dans le champ. Bien entendu, c’était mon cas, et j’aurais tôt fait de le réaliser.

La panique a commencé à me gagner après la première journée, lorsque je me suis rendu compte que j’étais bien loin d’avoir accompli le tiers du travail. En fait, j’étais même très loin d’avoir accompli ne serait-ce que le cinquième du premier tiers du travail. (!) Il fallait se rendre à l’évidence : je n’allais pas y arriver. Bon, affaire réglée. J’avise le client, je lui remets ce que j’ai fait, je ferme le dossier et je passe à autre chose.

… Nah. Ça, c’est ce qu’un amateur aurait fait. Moi, je suis une pro. Et une pro, ça respecte ses engagements.

Que faire, alors? Premièrement, demander un délai supplémentaire au client. Deuxièmement, se répandre en excuses et promettre que ça n’arrivera plus jamais. Les excuses sont acceptées, le délai est accordé, mais le budget alloué pour le projet, lui, restera le même. Ok, c’est de bonne guerre. Maintenant, je dois trouver des collaborateurs, et ça presse.

J’ouvre Facebook et me dépêche d’écrire un message apocalyptique qui trahit ma détresse sur la page professionnelle des travailleurs autonomes du secteur langagier du Québec. Je ne me rappelle plus exactement ce que j’ai écrit, mais en gros, ça voulait dire : je suis dans le trouble, pitié, aidez-moi. Je pousse l’audace jusqu’à mentionner que je ne pourrai même pas payer convenablement ceux qui accepteront de me prêter main-forte, puisque conformément à notre entente, mon client me paiera trois jours de travail, et pas un de plus. Wow. Plus professionnelle que ça, tu meurs.

Je m’attendais à ce qu’on m’envoie promener ou qu’on m’accuse, avec raison, de porter atteinte à la crédibilité de la profession. Il n’en fut rien. Étonnamment, des gens ont répondu à l’appel. J’ai réussi à constituer une équipe de quatre personnes à qui j’ai séparé le travail et, du même coup, la totalité de la rémunération que le client ne m’avait pas encore versée. Tout le monde a travaillé d’arrache-pied, mais malheureusement, ce n’était pas encore suffisant. Il me fallait plus de collaborateurs… que je devrais convaincre de travailler gratuitement.

J’ai réussi à recruter une traductrice chevronnée, qui a consenti à m’aider les soirs de semaine, une fois son travail de la journée terminé. Je l’ai remerciée probablement trop de fois, sans toutefois cacher ma perplexité.

On a échangé quelques courriels, professionnels pour la plupart, mais certains plus personnels, aussi. Le troisième soir, j’ai osé lui poser l’épineuse question : pourquoi? Pourquoi accepte-t-on de se faire esclave d’une débutante alors qu’on roule sa bosse depuis plus de 20 ans, qu’on a une clientèle bien établie et des revenus plus que satisfaisants? C’est simple; parce qu’on s’est déjà vautrée dans le même genre de merdier, jadis. Et parce qu’on aurait bien aimé que quelqu’un nous vienne en aide à ce moment, alors que les réseaux sociaux n’existaient pas et qu’on pleurait seule chez soi en espérant vainement qu’un miracle se produise. J’ai reniflé un peu.

Une semaine plus tard, le mandat est enfin terminé. Le client n’est pas trop content, mais il n’a pas l’air très fâché non plus. Quant à moi, je suis à la fois extrêmement fière et incroyablement honteuse. Ça fait tout drôle en dedans.

La spontanéité et moi, ça n’a jamais fait bon ménage, et j’en ai eu la preuve ce jour-là. Depuis, j’ai appris à respirer par le nez et à modérer mes élans d’enthousiasme. Ce qui ne m’empêche pas, bien sûr, de taper des mains et des pieds comme une gamine devant un plat de bonbons chaque fois qu’on me propose un mandat qui générera des revenus importants. Lorsque ce sentiment d’exaltation m’aura quittée, ce sera le temps de changer de job, que je me dis. Heureusement, ça ne risque pas d’arriver avant longtemps. 😊

Jenny xx

Au commencement, il y eut un plan d’affaires

23 Fév

Je suis le genre de personne qui planifie tout et n’importe quoi. Je fais mon lavage le samedi, pas le dimanche. Je prévois mes déplacements Québec-Montréal un mois à l’avance et mon agenda me rappelle que, chaque mercredi, je dois nettoyer la cage de mon lapin de 19 h à 19 h 30. Et si par malheur je dépasse un peu, je capote un brin, parce que ça empiète sur le temps consacré à l’épicerie.

Ça fait que quand mon prof d’entrepreneuriat nous a annoncé qu’on allait devoir produire un plan d’affaires dans le cadre de son cours, étape par étape, du début jusqu’à la fin de la session, je jubilais. Étude de marché, analyse de la concurrence, plan marketing… ces mots-là, qui en ont incité plusieurs à lâcher le cours, me réconfortaient comme une beurrée de Nutella au lendemain d’une rupture. J’allais consigner dans un beau petit document imprimé et boudiné tous les renseignements sur lesquels j’allais pouvoir m’appuyer pour les mois à venir. Pas de surprises, pas d’imprévus. Alléluia.

Alors je me suis lancée. J’ai établi une grille tarifaire. J’ai fixé mes objectifs à court et à moyen terme. Je me suis longuement attardée à la mission de mon entreprise, qui devait tenir sur 5-6 lignes, pas plus.

La mission de Jelar communications, entreprise individuelle de services langagiers, est de contribuer à rehausser l’image des petites, moyennes et grandes entreprises de même que celle des organismes publics, parapublics et gouvernementaux de la région de Québec grâce à une offre de services professionnels et personnalisés dans les domaines de la rédaction, de la révision linguistique et de la traduction de l’anglais au français.

J’ai trouvé des données chiffrées super crédibles pour appuyer mes prévisions financières. J’ai dressé un portrait ultra précis de ma clientèle cible. J’ai créé un beau petit sondage pour évaluer l’intérêt de cette clientèle envers mes services. Une trentaine de chefs d’entreprises et de responsables des communications de diverses organisations y ont répondu. J’étais pas mal fière.

Que reste-t-il aujourd’hui de ce travail d’orfèvre auquel on a attribué une note quasi parfaite? Pour être honnête, pas grand-chose.

En mai dernier, j’ai repris contact avec les sept clients potentiels ayant affirmé qu’il était probable ou très probable qu’ils aient recours à mes services une fois mon entreprise officiellement lancée. Si mon enthousiasme était à son comble, je me gardais bien de me faire des illusions. Je savais qu’il était hautement improbable que les sept clients en question explosent de joie et me bombardent de travail en me remerciant de leur sauver la mise. Mais je me disais qu’il n’était pas déraisonnable de penser que certains d’entre eux, deux ou trois peut-être, se souviendraient de la jeune entrepreneure qui leur avait fait parvenir un sondage un mois et demi plus tôt et lui refileraient quelques mandats.

Combien ont réellement donné suite à mes courriels et à mes appels? Pas un seul. Zéro pis une barre.

Du coup, ça chamboulait mes plans, et c’est peu de le dire. Si la liste de clients potentiels prenait le bord, la grille tarifaire et les prévisions financières aussi. J’allais devoir me résoudre à faire ce que font la plupart des traducteurs indépendants en début de carrière : me tourner vers les agences de traduction, ces intermédiaires entre les pigistes et les donneurs d’ouvrage. Le hic, avec les agences, c’est qu’elles imposent leurs tarifs. Le pigiste peut tenter de négocier, mais c’est souvent perdu d’avance. Bonjour les surprises, allô les imprévus.

Mon prof serait-il tenté de réviser à la baisse la note qu’il a attribuée à mon travail s’il savait que pas mal tout le contenu de mon plan d’affaires est aujourd’hui caduc? C’est une question que je me pose parfois. J’aime penser qu’il aurait plutôt le réflexe de me féliciter. Mes clients actuels ne sont pas ceux que j’avais imaginés, c’est vrai. Et alors? J’ai réussi à changer mon fusil d’épaule. Mon chiffre d’affaires est plus modeste qu’il aurait dû l’être; soit. Toujours est-il que, moins d’un an après son lancement, Jelar communications génère suffisamment de revenus pour permettre à son unique propriétaire de payer le loyer et de régler les factures. Pour la poule mouillée que je suis, c’est plutôt rassurant.

Il y a ça de beau dans le fait de travailler à son compte : affronter quotidiennement cette peur de l’inconnu qui nous assaille trop souvent. Accepter qu’on ne peut pas tout prévoir, et se dire que c’est bien correct comme ça. Se laisser porter par la vague lorsque l’inattendu survient, sans se poser trop de questions. Je me dis de plus en plus qu’au fond, les entrepreneurs qui réussissent ne sont peut-être pas ceux qui savent exactement ce qu’ils feront dans six mois ou dans un an, mais bien ceux qui savent accueillir à bras ouverts ce que demain leur réserve.

Jenny

Petite histoire d’une salariée devenue travailleuse autonome

3 Fév

13 novembre 2014, milieu d’après-midi. Le vent d’automne souffle fort sur le centre-ville de Québec et tente de s’infiltrer sous mon manteau resté ouvert. À neuf mètres de l’entrée principale de l’immeuble, Mélanie, la fille de la comptabilité, grille sa cigarette à la vitesse grand V, visiblement pressée de retourner à l’intérieur. Pour se réchauffer, certes, mais surtout pour éviter d’affronter mon regard éploré. Pour ne pas avoir à me demander si je suis correcte, si quelqu’un va venir me chercher.

L’affaire, c’est que je viens de me faire congédier. Apparemment, je n’ai pas les bonnes « compétences interpersonnelles » pour le poste que j’occupe. Au diable les prévisions du calendrier maya; ma fin du monde à moi, elle vient d’arriver à ce moment précis.

Je me retrouve donc dans le taxi, avec ma plante verte coincée entre les jambes et ma boîte de dictionnaires que j’étreins comme un enfant étreint son doudou. Sur la banquette arrière, les posters d’animaux exotiques qui tapissaient mon ancien bureau et que j’ai arrachés des murs à la va-vite. Par la fenêtre, je regarde défiler le paysage. Pis je pleure. Pis je pleure. Tellement que le chauffeur, un quinquagénaire visiblement peu enclin à manifester de la compassion, me donne une petite tape sur l’épaule. Le pauvre. J’aurais dû lui donner plus de pourboire. Mais ne sachant trop ce que les prochains mois allaient me réserver, je me dis que je suis peut-être mieux de garder mes cennes.

Le lendemain, j’ai les yeux bouffis mais l’esprit clair. Mettre ma sécurité financière entre les mains d’un unique employeur qui peut décider de se débarrasser de moi quand bon lui semble? Plus jamais. Dorénavant, je serai mon propre employeur.

 

Source : HORNGRY

Source : HORNGRY

Un bien beau projet, mais que je ne peux concrétiser dans l’immédiat. Pour le moment, je dois me revigorer, me prouver que je suis compétente et que j’ai du cœur au ventre. Quoi de mieux qu’un retour aux études?, que je me dis. Je m’inscris donc à la maîtrise en traduction et terminologie. J’ai déjà un baccalauréat en langue française et rédaction professionnelle. Si le match n’est pas parfait, il n’en est pas loin.

Deux ans et des poussières plus tard, mes deux diplômes décorent joliment l’un des murs de mon bureau aménagé dans la plus petite pièce de mon 4 ½. Je fais ce que j’aime, c’est-à-dire réviser, rédiger et traduire, dans un environnement que j’aime. Ici, ma bulle personnelle peut prendre toute la place qu’elle veut. Ici, personne ne me force à socialiser, à faire des compromis ou à raconter ce que j’ai fait en fin de semaine. Ici, je peux vivre de mon art sans porter atteinte à la personne que je suis et qui a été quand même assez amochée par la culture organisationnelle typique des grandes entreprises. Au fil de mes billets, je vous ferai découvrir cette personne et sa vie trépidante de travailleuse autonome. Ses hauts, ses bas, ses aspirations, ses craintes. Ses bons coups et ses petites gaffes. Je vous montrerai tout ce qu’on peut accomplir de beau quand on a la possibilité de le faire en restant soi-même. La liste est longue, je vous le garantis. 🙂

 

Jenny xx

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