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Mon petit chemin tout tracé

13 Sep

C’est peut-être parce que mon vingt-huitième anniversaire – et donc, ma crise de la pré-trentaine – approche à grands pas que je me suis récemment replongée dans mes souvenirs d’adolescence.

 

Album de finissants à la main, j’ai entrepris de relire les messages d’adieu des amis du secondaire.

« Je te souhaite d’accomplir tout ce que tu veux réellement. Pense avec ton cœur! Plus tard, je serai la première à lire ton roman. »

« Cette année, j’ai appris à te connaître et cela m’a fait découvrir une personne merveilleuse. Crois-moi, tu as tout pour réussir dans la vie. Écrivaine tu seras, et lectrice je serai! »

« Tu peux être sûre que si un jour je tombe sur un livre avec ton nom en tant qu’auteur, je vais le lire en pensant à toi. »

Et ça continue comme ça pendant quelques pages.

C’est vrai que, au secondaire, j’avais souvent évoqué la possibilité de devenir écrivaine. Après tout, je pétais des scores en français écrit, et de nombreux enseignants m’encourageaient à poursuivre dans cette voie. Mais était-ce si évident que j’allais me retrouver, dix ans et des poussières plus tard, à exercer une profession langagière?

Bon, déjà, c’était clair que je n’allais pas faire carrière en science. Un simple coup d’œil à mes bulletins scolaires suffisait à s’en convaincre. Si je réussissais toujours à obtenir une moyenne relativement appréciable de 70 à 75 % en chimie, en math et en physique, c’était au prix de nombreuses séances de rattrapage qui se terminaient parfois en crise de larmes, souvent en crise de nerfs. La biologie, ça allait, jusqu’à ce qu’on se mette à manipuler des cristallins. Et encore, je ne parle pas des séances de dissection.

C’était tout aussi clair que je n’allais pas devenir une athlète, moi qui « oubliais » systématiquement mes vêtements de sport les jours d’éducation physique. Copier ma grille-horaire de cours à la bibliothèque pendant que mes camarades participaient à un énième tournoi de ballon-chasseur, ce n’était pas une punition, c’était une libération. Je n’aimais pas ça, faire du sport. Et faire du sport en compagnie des apprentis hockeyeurs de la ligue Midget AAA qui ne rataient jamais une occasion de passer un commentaire désobligeant, c’était encore pire. Déjà, à cet âge, mon anxiété sociale donnait lieu à d’importants blocages. Par chance, la danse m’aidait à sortir de ma coquille. Un peu.

Parlons-en, de la danse. Si ça se trouve, j’aurais pu devenir ballerine professionnelle. D’ailleurs, pendant mes cinq années de secondaire, j’étais inscrite au programme Danse-Études offert à ma polyvalente. J’ai fait de nombreux spectacles et participé à presque autant de compétitions, locales et nationales. Mais le fait est que je n’avais pas l’étoffe d’une ballerine. J’avais les jambes croches, les pieds raides et le postérieur bombé, sans parler de mon incapacité à tenir la pression. Chaque prestation publique était pour moi une occasion de tester ma capacité à contenir mes nausées et à lutter contre l’évanouissement.

Crédit : Giphy

L’art dramatique? Nah. Me retrouver sur une scène pour danser était un véritable supplice, alors je vous laisse imaginer l’état dans lequel je me trouvais lorsque je devais jouer dans une pièce de théâtre. L’art tout court? Bof. Je me souviens que, dans les cours d’arts plastiques, je dessinais mes personnages de dos, étant incapable de rendre les traits de visage avec un minimum de finesse. Faute de talent, on opte pour l’ingéniosité.

C’est sans doute cette ingéniosité qui m’a permis d’intégrer la Faculté de droit de l’Université Laval à l’automne 2008, après deux années de cégep florissantes qui m’ont valu une cote de rendement plutôt enviable. Que peut-on bien faire avec un diplôme en arts et lettres, une cote R de feu et un surplus de motivation? À ce moment-là, le droit me paraissait être la seule option.

Bien sûr, je me suis trompée, et j’ai abdiqué après un an pour me diriger vers mes domaines de prédilection : la rédaction professionnelle et, plus tard, la traduction.

De toute évidence, j’ai emprunté un chemin qui, à bien des égards, semblait tracé d’avance pour moi. L’autre jour, j’ai surpris une conversation entre deux mamans au terrain de jeux. Voyant son fils manier la pelle de plastique avec une assurance déconcertante, la première a dit à la seconde qu’elle était probablement en train d’élever un futur « gars de la construction ». Y’a des gens comme ça dont le talent inné pour un secteur d’activité bien précis les prédispose à une carrière bien précise. J’en suis. Mes amis du secondaire l’avaient sans doute compris bien avant moi.

Ah, tiens. Un message de Raymond, mon ancien prof d’histoire. « Je ne sais pas ce que l’avenir te réserve, mais tu seras sûrement heureuse. Tu possèdes tous les ingrédients de cette recette! »

À croire que je l’ai suivie à la lettre. 😊

Jenny xx

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Petit guide de survie pour journées improductives

17 Août

Tous ceux qui font un travail de nature intellectuelle savent à quel point il peut parfois être difficile de gérer les caprices du mental.

Et en ce qui me concerne, mon mental n’est jamais aussi capricieux que pendant la saison chaude. Dès que le mercure dépasse les 27 degrés, mon cœur se met à pomper comme un fou, mon corps devient tout mou et mon cerveau se met à off. Vous l’aurez compris : je tolère très mal la chaleur. Remarque, cette année, j’ai eu de la chance. La chaleur intense s’étant faite plutôt rare, mes épisodes de mollesse intellectuelle et physique ont été somme toute sporadiques.

Toujours est-il qu’il y en a eu, de ces journées où j’ai fait le mollusque à mon poste de travail, attendant vainement qu’une brise fraîche s’infiltre par la fenêtre et me revigore les sens. La recette magique pour remédier à une telle situation? Il n’y en a pas vraiment, mais en voici une qui a fait ses preuves.

Accepter la situation

Aussi rudimentaire puisse-t-elle paraître, cette première étape est essentielle. Faire preuve d’indulgence envers soi-même est extrêmement important pour retrouver l’inspiration, la motivation, la créativité, ou peu importe la qualité ou la vertu dont on a besoin pour faire ce qu’on a à faire. Malheureusement, la nature humaine étant ce qu’elle est, il est souvent plus facile de se flageller que de se traiter avec bienveillance et compassion. Sois ton meilleur ami, qu’ils disaient. Plus facile à dire qu’à faire, mais on y travaille.

Se lever

Tous les spécialistes du sommeil le disent : rien ne sert de rester étendu dans son lit à faire le bacon lorsqu’on souffre d’insomnie. De la même façon, il est inutile de rester assis devant son ordi lorsqu’on est atteint du syndrome de la page blanche. Tu fixes l’écran depuis une demi-heure et rien ne te vient à l’esprit à part cette fameuse recette de rigatonis que tu aimerais bien faire pour souper? Lève-toi et marche. Il a d’ailleurs été démontré que marcher stimule la créativité. Si tu as la chance d’être travailleur autonome ou de travailler de la maison, sors les poubelles ou lance une brassée de lavage. Personnellement, je ne compte plus le nombre d’éclairs de génie que j’ai eus alors que j’étais penchée au-dessus de mon panier à linge, en train de séparer le noir du blanc. Si tu travailles en entreprise, tu peux toujours aller poser directement une question à un collègue au lieu de lui envoyer un courriel, ou encore faire un détour par la machine à café.

Crédit : Giphy

Revoir l’échéancier

Que ton épisode de non-productivité dure une heure ou une semaine, il te faudra inévitablement revoir ton échéancier. C’est à ce moment-là qu’il faudra distinguer les projets prioritaires de ceux qui peuvent être repoussés et, parfois, consentir à faire une croix sur certaines activités, comme cette fameuse sortie au musée que tu avais prévue depuis des semaines. Ben oui. Ça fait partie de la game, comme on dit.

Faire le point

Ça y est, tu t’en es sorti. Tu as retrouvé ton énergie, tes projets sont bouclés; tout va pour le mieux. Maintenant, la question à se poser est la suivante : pourquoi est-ce arrivé? Il se peut très bien que la cause d’une journée improductive soit aussi banale qu’une mauvaise nuit de sommeil ou un taux d’humidité trop élevé. Dans ce cas, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Toutefois, si la situation devient récurrente, il faudra investiguer davantage et, surtout, se poser les bonnes questions. Est-ce que je mange bien? Est-ce que je bouge assez? Comment se portent ma santé physique et ma santé mentale? Est-ce que je devrais apporter des changements à ma routine de travail? Il pourra être pertinent, par exemple, de chercher à cibler ses pics de productivité, ou ce qu’un de mes profs d’université appelait ses « heures intelligentes ». Pour ma part, j’ai remarqué que mes ressources mentales sont souvent mobilisées en fin d’après-midi ou en début de soirée. À l’inverse, il est inutile de me demander de faire quoi que ce soit de productif avant 10 h le matin; à ce moment-là, je ne suis bonne à rien. La connaissance de soi joue ici un rôle fondamental. Après tout, il n’y aura jamais de meilleure routine que celle que tu auras créée de toutes pièces en fonction de tes besoins particuliers. ♥

Jenny xx

Vacances, vous avez dit vacances?

13 Juil

Parmi les nombreuses choses qui ne me font vraiment pas triper dans la vie, il y a les vacances. Ben oui. Enfant, j’appréhendais la fin des classes. Pour moi, les vacances estivales étaient synonyme d’ennui. Vingt ans plus tard, les choses n’ont pas vraiment changé.

 

Certains diront que, si je raisonne ainsi, c’est parce que ma vie doit être plate en maudit. Il est vrai que le travail est un élément central dans ma vie, mais je te rassure, mon quotidien n’est pas plus plate que le tien ou celui du voisin. J’aimais étudier quand j’étais étudiante; maintenant, j’aime travailler, surtout depuis que je le fais pour moi, de façon autonome. Pis, des fois, c’est dur de décrocher.

Comme en ce moment.

En ce moment, je suis en train d’essayer de trouver toutes les excuses possibles et imaginables pour ne pas avoir à rédiger un beau petit message d’absence, fermer l’ordi et juste relaxer. Alors, ce mois-ci, j’ai décidé de mettre mes principales excuses sur papier et de trouver un contre-argument pour chacune d’elles. Qui sait, peut-être que j’arriverai à me convaincre, au terme de cette discussion enflammée avec moi-même, que les vacances, ce n’est pas aussi terrible que je pense.

5- Je n’ai rien de prévu

Qui dit vacances dit escapade. Ah, vraiment? C’est vrai qu’a priori, c’est ce qu’on pourrait croire quand on voit tous ses contacts Facebook publier des photos d’endroits exotiques où ils ont passé leurs dernières vacances. Mais ce n’est pas parce qu’on n’a pas prévu d’aller escalader le Machu Picchu cet été ou même d’aller rendre visite à sa grand-tante qui demeure à une demi-heure de route de chez soi qu’on doit forcément renoncer à s’accorder un peu de bon temps. Tes vacances, tu peux très bien les passer devant ton ordi à regarder Netflix ou sur ton balcon à juger les passants. Bon, affaire réglée. Au suivant!

4- Je ne suis pas vraiment fatiguée

Qui a dit qu’il fallait avoir la langue à terre pour s’accorder un peu de répit? Au contraire, si tu as suffisamment d’énergie pour t’adonner à tes activités préférées, le moment est tout indiqué pour le faire. On dit souvent que les vacances, c’est fait pour recharger ses batteries, mais pourquoi attendre qu’elles soient à plat? L’absence de fatigue est généralement un bon indicateur que ta santé globale se porte bien, alors de grâce, cesse de culpabiliser à propos de ça et profite-en.

Crédit : Lifetime Giphy

3- Mes clients vont être dans le trouble

Ça, c’est l’ego qui parle. Fort.

Bon, je l’admets, certains clients sont vraiment dépendants de leurs fournisseurs de services et ne manquent pas de leur dire à quel point ils sont indispensables. Ça m’est arrivé l’autre jour, d’ailleurs. *se frotte les jointures sur le haut du chest* Mais là, il faut redescendre sur Terre un peu. Tes clients, ils sont majeurs et vaccinés. S’ils ont pu survivre avant de connaître tes services et d’y avoir recours, ils pourront certainement se débrouiller si tu disparaissais pendant une semaine ou deux. À ton retour, ils trépigneront de bonheur et ne manqueront pas d’encenser encore plus ton travail. Voilà. Ton ego est sauf, chère.

2- Je n’ai pas atteint tous les objectifs que je m’étais fixés

Traduction : je ne mérite pas de me reposer. Pour pouvoir souffler un peu, il aurait fallu que j’accumule quelques centaines de dollars de plus par mois. Ou que j’élargisse mon bassin de clients. Ou que je fasse plus d’efforts pour promouvoir mes services. Ou que sais-je encore. Bref, il aurait fallu que tout se passe comme prévu, qu’aucun obstacle ne se dresse sur ma route, que je sois toujours à mon meilleur et que je sois parfaite. Ben tu sais quoi? La perfection n’est pas de ce monde. Si tu attends d’y accéder pour te gâter, tu risques d’attendre longtemps.

1-Je vais perdre de l’argent

C’est vrai que nous, travailleurs autonomes, devons prendre des vacances à nos frais, contrairement à nos amis salariés. Et c’est vrai que, parfois, le budget est un peu serré, de sorte qu’on peut s’interroger sur le niveau de risque associé à une semaine de farniente. Vais-je le regretter le mois prochain, quand j’aurai à choisir entre acheter un rouleau de Scott Towels ou un pot de beurre de pinottes? Bon, j’exagère un peu, mais toujours est-il que ces questionnements sont tout à fait légitimes, du moins, dans mon cas.

Ceci dit, techniquement parlant, de l’argent, j’en perds pas mal tout le temps. J’en perds lorsque je jase de problèmes de traducteurs avec une amie sur Facebook pendant les heures habituellement consacrées au travail. J’en perds lorsque je relis mes textes pour une énième fois avant de les envoyer. J’en perds lorsque je commande une pizza, et encore plus quand je prends un extra sauce. Bref, je suis pas mal convaincue que, si je faisais des efforts conscients pour réduire au maximum le temps perdu et les dépenses superflues pendant, disons, un mois, je pourrais largement compenser pour l’argent potentiellement perdu pendant mes vacances.

***

Et maintenant, la question qui tue : ai-je réussi à modifier ma perception des vacances? Un peu. Assez pour prendre une semaine off? Bon, là, il ne faudrait tout de même pas exagérer. Je suis casanière, moi, et mes habitudes, bonnes ou mauvaises, sont dures à changer. Ceci dit, je m’engage officieusement à essayer (l’italique est important, ici) de m’accorder quelques jours de repos cet été. J’arrive de Montréal; je vais peut-être y retourner. Ou peut-être que je vais simplement sortir sur le balcon, m’asseoir, me croiser les bras et profiter de l’instant présent. C’est quelque chose que j’oublie de faire trop souvent.

Jenny xx

Mon alter ego

14 Juin

Pas plus tard qu’avant-hier, j’ai écrit à ma rédactrice en chef pour lui dire que je ne pourrais pas publier ce mois-ci. Un million d’affaires à penser, mais la tête vide. Trop stressée. Ben oui. C’est comme ça que je réagis face au stress, moi. Tel un lièvre au milieu de la 20 qui voit un char s’en venir à vive allure, je fige. Ou ben je me mets à courir dans le mauvais sens.

Lors de notre première rencontre, ma psy m’a demandé si je vivais bien avec le stress. Pour vrai, je ne sais jamais quoi répondre à cette question-là. Le stress, c’est comme mon alter ego. D’aussi loin que je me souvienne, il a toujours fait partie de ma vie. Parfois, il se terre dans un petit coin et se fait discret pendant un temps. Puis, il décide qu’il en a marre d’être dans l’ombre et il vient se mettre sous les feux de la rampe, pour être bien certain que tout le monde le voie et sache qu’il est là. Je pense qu’il souffre d’un grand manque d’attention, mon stress. Lui aussi, il devrait aller consulter.

Des fois, je suis capable de mettre le doigt sur le bobo. C’est le cas en ce moment. Je travaille beaucoup, et j’ai un déménagement qui s’en vient. Pis moi, le changement, j’aime pas ben ben ça, t’sais.

D’autres fois, le stress se pointe sans raison apparente. Un peu comme un mononcle qui n’a pas donné de nouvelles depuis des mois et qui décide de s’inviter à souper un lundi soir, sans même t’appeler avant. C’est tannant, c’est déboussolant, pis ça gâche le reste de la semaine.

Loin de moi l’idée de rejeter la faute sur qui que ce soit, mais il faut quand même dire que j’ai un bagage génétique assez rock ‘n’ roll merci. Le stress, la détresse psychologique, c’est monnaie courante dans ma famille. Nous autres, le cancer, l’arthrite pis le diabète, on ne connaît pas ça. Par contre, des dépressions, des burn out, des troubles de la personnalité, en veux-tu, en v’là.

Sachant cela, j’essaie de porter une attention particulière à mon mental, à plus forte raison depuis que je travaille à mon compte. Pourquoi? Parce que je suis seule 98 % du temps. C’est un choix que j’ai fait et je l’assume totalement. Toujours est-il que le risque de sombrer est bel et bien présent. Je n’ai ni collègues ni colocs qui pourraient me faire remarquer que mon comportement a changé, que je ne suis plus la même qu’avant. Du coup, des fois, je me lève de ma chaise, je me regarde dans le miroir et je me dis : « Eh, ma chouette, ça va-tu? Regarde-moi. Ça va-tu vraiment? »

Si la réponse est oui, parfait, on continue comme ça. Dans le cas contraire, je m’oblige à prendre le téléphone et à aller jaser avec quelqu’un. Pas demain, pas le mois prochain; tout de suite. Je l’ai fait plus d’une fois, et je n’hésiterais pas à le refaire au besoin. C’est tellement, tellement important.

Mon ordi ne serait pas content de m’entendre dire ça, mais ma tête, c’est mon principal outil de travail. Faut que j’en prenne soin. De la même façon que je fais nettoyer mon ordi une couple de fois par année, je m’assure de faire le ménage dans ma tête de temps en temps. Y a-t-il quelque chose que je traîne et que je devrais laisser derrière moi? Un souvenir pénible, un mauvais sentiment, une vieille rancœur? Des fois, je fais une reine des Neiges de moi-même et j’arrive à me libérer de ce qui me pèse. D’autres fois, j’ai beau essayer, ça ne fonctionne pas. Et c’est à ce moment-là qu’il est essentiel de lâcher prise. Tu ne veux pas t’en aller, mister Stress? Correct. Fais-le, ton show. Le jour où tu vas te rendre compte qu’il n’y a plus personne pour t’applaudir, tu vas ben finir par aller voir ailleurs. Sois sûr d’une chose, c’est que je n’y serai pas.

Jenny

Ces petits et gros travers qui me sont salutaires

18 Mai

Assumer pleinement ses défauts, c’est toujours plus drôle que de chercher à les camoufler. C’est pourquoi je vous présente aujourd’hui un condensé des principaux traits de personnalité qui font de moi une femme imparfaite et une travailleuse épanouie. Parce que oui, c’est possible de tirer parti de ses imperfections. C’est même le fun.

 

J’ai une tête de cochon.

C’est beau de me voir aller lorsque je dois prendre une décision. Je demande conseil à tout le monde et, au final, je n’écoute personne. On me dit blanc, je dis noir. On me dit de prendre mon temps, je fonce tête baissée.

Cela dit, cet esprit de contradiction m’a été fort utile lorsque je me suis lancée à mon compte. Plusieurs me disaient que je n’étais pas suffisamment expérimentée. Que je devrais me laisser le temps d’apprivoiser mon métier. Oh, come on. Un métier, ça ne s’apprivoise pas; ça s’acquiert. J’ai tellement bien fait de ne pas écouter ceux qui prétendaient le contraire.

 

J’ai un peu (beaucoup) de misère avec l’autorité.

Pas pour rien que je n’ai jamais su garder un poste bien longtemps en entreprise. Les patrons et les gestionnaires me donnent de l’urticaire. En tant qu’employée, j’étais constamment tiraillée entre la volonté de leur plaire et l’envie de les envoyer promener. Envie que je devais réprimer, bien entendu, ce qui avait souvent pour effet de décupler ce sentiment d’animosité. Me faire dire quoi faire et, surtout, comment le faire? Non merci.

Être ma propre patronne me permet de faire les choses à ma manière, sans compromis. Mais toute médaille a son revers; je suis intransigeante, impitoyable et inflexible. Probablement pire que les pires boss que j’ai eus.

Je doute. De tout. Tout le temps.

J’essaie de ne rien tenir pour acquis, pas même les faits les plus banals maintes fois avérés. J’aime les théories alternatives. Je suis méfiante, critique, sceptique. Il n’y a pas si longtemps, l’un de mes passe-temps favoris consistait à remettre en question certains fragments de l’Histoire telle qu’elle nous est racontée sur les bancs d’école. Mes proches n’en pouvaient plus.

Mais ça, cet esprit critique qui frise la paranoïa, c’est merveilleux pour une traductrice! C’est même une nécessité. Je suis sûre à 99 % du sens attribué à tel terme dans tel contexte? Le 1 % de doute qui subsiste va m’inciter à consulter un ouvrage de référence. Tel mot était critiqué la dernière fois que je l’ai croisé dans un texte? Je vais aller vérifier si c’est toujours le cas. T’sais, des fois que.

 

Je suis un p’tit peu obsessive…

Dans mon frigo, c’est comme à l’épicerie : tous les condiments sont placés de manière à ce que je puisse lire la marque du produit plutôt que l’étiquette de la valeur nutritive. Dans ma bibliothèque, les livres sont classés du plus gros au plus petit. Dans ma pharmacie, ben, vous l’aurez compris : les crèmes analgésiques ne sont certainement pas rangées sur la même tablette que les sirops pour la toux.

Dans ma vie professionnelle, c’est un peu pareil. Chaque chose à sa place, chaque chose en son temps. J’ai adopté une technique de travail pour être certaine de ne rien laisser au hasard. Et, bien entendu, je relis mes textes deux fois plutôt qu’une avant de les envoyer. Bon, okay. Cinq-six fois, mettons.

 

… et maladivement compétitive.

Une fois, au secondaire, j’ai obtenu 92 % à un examen d’histoire. J’étais super contente de mon résultat… jusqu’à ce qu’un collègue de classe m’annonce, tout sourire, qu’il avait eu 94 %. Je lui aurais pété une dent.

Oui mais Jenny, ça fait presque 15 ans de ça, me direz-vous. T’as probablement gagné en maturité depuis le temps. Ben, en fait… non. Sur cet aspect-là, pas vraiment. Je suis toujours obsédée par cette volonté d’être la meilleure dans tout ce que je fais. Maintenant que je ne suis plus en compétition avec les autres, l’un de mes défis consiste à être bonne joueuse et à accepter, parfois, de n’être pas toujours égale à moi-même.

Je vous laisse sur cette citation de Vince Lombardi que j’ai collée bien en vue dans mon bureau et qui résume plutôt bien ma philosophie :

« La perfection n’est pas atteignable, mais si nous visons la perfection, nous pourrons atteindre l’excellence. »

Jenny xx

Famine ou festin

19 Avr

L’année avait commencé lentement; normal. En janvier, on a tous l’esprit embrumé par les parfums de menthe poivrée et les restants de dinde farcie. En février, ça a décollé. Les mandats rentraient à la pelle, si bien que mon chiffre d’affaires a dépassé mes plus folles attentes. Ça y est, ma grande, t’es partie pour la gloire, que je me suis dit. Puis, le mois de mars est arrivé, et j’ai déchanté.

 

T’sais, t’as beau rouler à 120 km/h et avoir assez d’essence pour te rendre à destination, t’es jamais à l’abri d’une crevaison. Ben c’est un peu ça qui est arrivé.

Je me suis tourné les pouces pendant la quasi-totalité des deux premières semaines du mois, espérant vainement recevoir ZE mandat qui me permettrait de renflouer mes coffres. Au cours de ces 15 jours qui ont semblé durer une éternité, j’ai eu quelques petits contrats, mais rien pour se péter les bretelles ou espérer manger autre chose que du Kraft Dinner la semaine d’après. Et dire que j’avais commandé du resto trois jours de suite au début du mois. Force est de constater qu’ils avaient raison, ceux qui affirmaient que dans ce monde-là, c’est tout ou rien. Famine ou festin.

Crédit : Giphy

Une amie dont j’admire l’optimisme m’a suggéré de voir cette période creuse comme des vacances. Pas fou, comme idée. Sauf que je n’ai guère l’habitude de passer mes vacances à faire des allers-retours entre Netflix et ma boîte courriel, les fesses résolument scotchées à ma chaise d’ordi. Et puis, un moment donné, ça va faire, l’oisiveté. Une journée à se la couler douce, c’est bien. Une dizaine, voire une quinzaine de suite, ça commence à peser lourd sur le moral.

Il fallait que je m’occupe, ou j’allais devenir folle. Au bout de quelques jours, j’ai sorti tout ce qu’il restait de flocons d’avoine dans le garde-manger et j’ai fait une grosse batch de muffins. J’ai proposé mes services à des clients potentiels. J’ai jasé avec une collègue traductrice des enjeux de la profession et j’ai lu pas mal d’articles sur l’actualité locale et internationale. Faute d’être fortunée, j’allais au moins être cultivée.

C’est assez démoralisant de rembourser une bonne partie du montant accumulé sur ta carte de crédit et de devoir la remplir à pleine capacité le mois suivant. Pourtant, c’est une réalité à laquelle sont confrontés de nombreux pigistes, et d’après ce que j’ai pu voir et entendre, l’expérience et les compétences n’ont pas grand-chose à voir là-dedans.

Je ne sais pas trop si ça me rassure ou si ça me décourage de savoir que même les pigistes chevronnés, reconnus comme des sommités dans leur secteur d’expertise, vivent des périodes creuses de temps en temps. Le 8 avril dernier, mon entreprise individuelle a célébré son premier anniversaire. J’ai encore beaucoup à apprendre, autant sur les rudiments de ma profession que sur la gestion budgétaire. C’est tellement tentant de se gâter et de faire des dépenses pas très raisonnables et assez peu rationnelles lorsque le mois a été lucratif et que l’argent rentre à flots. On se dit qu’on le mérite, et avec raison. Mais rien ne garantit que ça ira aussi bien le mois suivant. Dans le merveilleux monde de la pige, un accident est si vite arrivé. Aussi bien jouer de prudence et garder ses économies, aussi modestes soient-elles, pour pallier les imprévus.

Même si je ne changerais ma situation pour rien au monde, je l’avoue; des fois, je suis jalouse de mes amis salariés qui reçoivent leur paie aux deux semaines. Qui n’ont pas à se demander si tel client réglera sa facture avant que le proprio encaisse le chèque du loyer. Ou si tel autre client réglera sa facture tout court.

Aux alentours du 20 mars, le vent a commencé à tourner, et ça a redécollé tranquillement pas vite. Je maintiens grosso modo la même vitesse de croisière depuis le temps. Je suis comme la p’tite mémé qui active le régulateur de vitesse à 70 km/h sur l’autoroute. Ça roule, mais ça roule lentement. Sauf que, contrairement à mémé, j’ai des réflexes bien aiguisés. Je suis prête à enfoncer l’accélérateur n’importe quand. En attendant, je profite du paysage. Et de mes muffins.

Jenny xx

La fois où j’ai gaffé

22 Mar

Les mots me manquent pour décrire la joie que j’ai ressentie lorsque j’ai reçu mes premiers contrats. Au début, on m’envoyait de tout petits textes; ça allait bien. Puis, un jour, un client m’a fait parvenir un méga-document en me demandant d’évaluer le temps nécessaire à la traduction. Trois jours! que j’ai répondu haut et fort dans la minute qui a suivi, sans même prendre le temps de regarder plus loin que les trois premières pages.

 

T’es sûre? que le client a dit. Déjà, j’aurais dû me méfier. C’est plutôt rare qu’un client demande à son fournisseur de services de lui confirmer le délai de livraison d’un mandat, à moins qu’il ait des motifs raisonnables de penser que ledit fournisseur est complètement dans le champ. Bien entendu, c’était mon cas, et j’aurais tôt fait de le réaliser.

La panique a commencé à me gagner après la première journée, lorsque je me suis rendu compte que j’étais bien loin d’avoir accompli le tiers du travail. En fait, j’étais même très loin d’avoir accompli ne serait-ce que le cinquième du premier tiers du travail. (!) Il fallait se rendre à l’évidence : je n’allais pas y arriver. Bon, affaire réglée. J’avise le client, je lui remets ce que j’ai fait, je ferme le dossier et je passe à autre chose.

… Nah. Ça, c’est ce qu’un amateur aurait fait. Moi, je suis une pro. Et une pro, ça respecte ses engagements.

Que faire, alors? Premièrement, demander un délai supplémentaire au client. Deuxièmement, se répandre en excuses et promettre que ça n’arrivera plus jamais. Les excuses sont acceptées, le délai est accordé, mais le budget alloué pour le projet, lui, restera le même. Ok, c’est de bonne guerre. Maintenant, je dois trouver des collaborateurs, et ça presse.

J’ouvre Facebook et me dépêche d’écrire un message apocalyptique qui trahit ma détresse sur la page professionnelle des travailleurs autonomes du secteur langagier du Québec. Je ne me rappelle plus exactement ce que j’ai écrit, mais en gros, ça voulait dire : je suis dans le trouble, pitié, aidez-moi. Je pousse l’audace jusqu’à mentionner que je ne pourrai même pas payer convenablement ceux qui accepteront de me prêter main-forte, puisque conformément à notre entente, mon client me paiera trois jours de travail, et pas un de plus. Wow. Plus professionnelle que ça, tu meurs.

Je m’attendais à ce qu’on m’envoie promener ou qu’on m’accuse, avec raison, de porter atteinte à la crédibilité de la profession. Il n’en fut rien. Étonnamment, des gens ont répondu à l’appel. J’ai réussi à constituer une équipe de quatre personnes à qui j’ai séparé le travail et, du même coup, la totalité de la rémunération que le client ne m’avait pas encore versée. Tout le monde a travaillé d’arrache-pied, mais malheureusement, ce n’était pas encore suffisant. Il me fallait plus de collaborateurs… que je devrais convaincre de travailler gratuitement.

J’ai réussi à recruter une traductrice chevronnée, qui a consenti à m’aider les soirs de semaine, une fois son travail de la journée terminé. Je l’ai remerciée probablement trop de fois, sans toutefois cacher ma perplexité.

On a échangé quelques courriels, professionnels pour la plupart, mais certains plus personnels, aussi. Le troisième soir, j’ai osé lui poser l’épineuse question : pourquoi? Pourquoi accepte-t-on de se faire esclave d’une débutante alors qu’on roule sa bosse depuis plus de 20 ans, qu’on a une clientèle bien établie et des revenus plus que satisfaisants? C’est simple; parce qu’on s’est déjà vautrée dans le même genre de merdier, jadis. Et parce qu’on aurait bien aimé que quelqu’un nous vienne en aide à ce moment, alors que les réseaux sociaux n’existaient pas et qu’on pleurait seule chez soi en espérant vainement qu’un miracle se produise. J’ai reniflé un peu.

Une semaine plus tard, le mandat est enfin terminé. Le client n’est pas trop content, mais il n’a pas l’air très fâché non plus. Quant à moi, je suis à la fois extrêmement fière et incroyablement honteuse. Ça fait tout drôle en dedans.

La spontanéité et moi, ça n’a jamais fait bon ménage, et j’en ai eu la preuve ce jour-là. Depuis, j’ai appris à respirer par le nez et à modérer mes élans d’enthousiasme. Ce qui ne m’empêche pas, bien sûr, de taper des mains et des pieds comme une gamine devant un plat de bonbons chaque fois qu’on me propose un mandat qui générera des revenus importants. Lorsque ce sentiment d’exaltation m’aura quittée, ce sera le temps de changer de job, que je me dis. Heureusement, ça ne risque pas d’arriver avant longtemps. 😊

Jenny xx

Au commencement, il y eut un plan d’affaires

23 Fév

Je suis le genre de personne qui planifie tout et n’importe quoi. Je fais mon lavage le samedi, pas le dimanche. Je prévois mes déplacements Québec-Montréal un mois à l’avance et mon agenda me rappelle que, chaque mercredi, je dois nettoyer la cage de mon lapin de 19 h à 19 h 30. Et si par malheur je dépasse un peu, je capote un brin, parce que ça empiète sur le temps consacré à l’épicerie.

Ça fait que quand mon prof d’entrepreneuriat nous a annoncé qu’on allait devoir produire un plan d’affaires dans le cadre de son cours, étape par étape, du début jusqu’à la fin de la session, je jubilais. Étude de marché, analyse de la concurrence, plan marketing… ces mots-là, qui en ont incité plusieurs à lâcher le cours, me réconfortaient comme une beurrée de Nutella au lendemain d’une rupture. J’allais consigner dans un beau petit document imprimé et boudiné tous les renseignements sur lesquels j’allais pouvoir m’appuyer pour les mois à venir. Pas de surprises, pas d’imprévus. Alléluia.

Alors je me suis lancée. J’ai établi une grille tarifaire. J’ai fixé mes objectifs à court et à moyen terme. Je me suis longuement attardée à la mission de mon entreprise, qui devait tenir sur 5-6 lignes, pas plus.

La mission de Jelar communications, entreprise individuelle de services langagiers, est de contribuer à rehausser l’image des petites, moyennes et grandes entreprises de même que celle des organismes publics, parapublics et gouvernementaux de la région de Québec grâce à une offre de services professionnels et personnalisés dans les domaines de la rédaction, de la révision linguistique et de la traduction de l’anglais au français.

J’ai trouvé des données chiffrées super crédibles pour appuyer mes prévisions financières. J’ai dressé un portrait ultra précis de ma clientèle cible. J’ai créé un beau petit sondage pour évaluer l’intérêt de cette clientèle envers mes services. Une trentaine de chefs d’entreprises et de responsables des communications de diverses organisations y ont répondu. J’étais pas mal fière.

Que reste-t-il aujourd’hui de ce travail d’orfèvre auquel on a attribué une note quasi parfaite? Pour être honnête, pas grand-chose.

En mai dernier, j’ai repris contact avec les sept clients potentiels ayant affirmé qu’il était probable ou très probable qu’ils aient recours à mes services une fois mon entreprise officiellement lancée. Si mon enthousiasme était à son comble, je me gardais bien de me faire des illusions. Je savais qu’il était hautement improbable que les sept clients en question explosent de joie et me bombardent de travail en me remerciant de leur sauver la mise. Mais je me disais qu’il n’était pas déraisonnable de penser que certains d’entre eux, deux ou trois peut-être, se souviendraient de la jeune entrepreneure qui leur avait fait parvenir un sondage un mois et demi plus tôt et lui refileraient quelques mandats.

Combien ont réellement donné suite à mes courriels et à mes appels? Pas un seul. Zéro pis une barre.

Du coup, ça chamboulait mes plans, et c’est peu de le dire. Si la liste de clients potentiels prenait le bord, la grille tarifaire et les prévisions financières aussi. J’allais devoir me résoudre à faire ce que font la plupart des traducteurs indépendants en début de carrière : me tourner vers les agences de traduction, ces intermédiaires entre les pigistes et les donneurs d’ouvrage. Le hic, avec les agences, c’est qu’elles imposent leurs tarifs. Le pigiste peut tenter de négocier, mais c’est souvent perdu d’avance. Bonjour les surprises, allô les imprévus.

Mon prof serait-il tenté de réviser à la baisse la note qu’il a attribuée à mon travail s’il savait que pas mal tout le contenu de mon plan d’affaires est aujourd’hui caduc? C’est une question que je me pose parfois. J’aime penser qu’il aurait plutôt le réflexe de me féliciter. Mes clients actuels ne sont pas ceux que j’avais imaginés, c’est vrai. Et alors? J’ai réussi à changer mon fusil d’épaule. Mon chiffre d’affaires est plus modeste qu’il aurait dû l’être; soit. Toujours est-il que, moins d’un an après son lancement, Jelar communications génère suffisamment de revenus pour permettre à son unique propriétaire de payer le loyer et de régler les factures. Pour la poule mouillée que je suis, c’est plutôt rassurant.

Il y a ça de beau dans le fait de travailler à son compte : affronter quotidiennement cette peur de l’inconnu qui nous assaille trop souvent. Accepter qu’on ne peut pas tout prévoir, et se dire que c’est bien correct comme ça. Se laisser porter par la vague lorsque l’inattendu survient, sans se poser trop de questions. Je me dis de plus en plus qu’au fond, les entrepreneurs qui réussissent ne sont peut-être pas ceux qui savent exactement ce qu’ils feront dans six mois ou dans un an, mais bien ceux qui savent accueillir à bras ouverts ce que demain leur réserve.

Jenny

Petite histoire d’une salariée devenue travailleuse autonome

3 Fév

13 novembre 2014, milieu d’après-midi. Le vent d’automne souffle fort sur le centre-ville de Québec et tente de s’infiltrer sous mon manteau resté ouvert. À neuf mètres de l’entrée principale de l’immeuble, Mélanie, la fille de la comptabilité, grille sa cigarette à la vitesse grand V, visiblement pressée de retourner à l’intérieur. Pour se réchauffer, certes, mais surtout pour éviter d’affronter mon regard éploré. Pour ne pas avoir à me demander si je suis correcte, si quelqu’un va venir me chercher.

L’affaire, c’est que je viens de me faire congédier. Apparemment, je n’ai pas les bonnes « compétences interpersonnelles » pour le poste que j’occupe. Au diable les prévisions du calendrier maya; ma fin du monde à moi, elle vient d’arriver à ce moment précis.

Je me retrouve donc dans le taxi, avec ma plante verte coincée entre les jambes et ma boîte de dictionnaires que j’étreins comme un enfant étreint son doudou. Sur la banquette arrière, les posters d’animaux exotiques qui tapissaient mon ancien bureau et que j’ai arrachés des murs à la va-vite. Par la fenêtre, je regarde défiler le paysage. Pis je pleure. Pis je pleure. Tellement que le chauffeur, un quinquagénaire visiblement peu enclin à manifester de la compassion, me donne une petite tape sur l’épaule. Le pauvre. J’aurais dû lui donner plus de pourboire. Mais ne sachant trop ce que les prochains mois allaient me réserver, je me dis que je suis peut-être mieux de garder mes cennes.

Le lendemain, j’ai les yeux bouffis mais l’esprit clair. Mettre ma sécurité financière entre les mains d’un unique employeur qui peut décider de se débarrasser de moi quand bon lui semble? Plus jamais. Dorénavant, je serai mon propre employeur.

 

Source : HORNGRY

Source : HORNGRY

Un bien beau projet, mais que je ne peux concrétiser dans l’immédiat. Pour le moment, je dois me revigorer, me prouver que je suis compétente et que j’ai du cœur au ventre. Quoi de mieux qu’un retour aux études?, que je me dis. Je m’inscris donc à la maîtrise en traduction et terminologie. J’ai déjà un baccalauréat en langue française et rédaction professionnelle. Si le match n’est pas parfait, il n’en est pas loin.

Deux ans et des poussières plus tard, mes deux diplômes décorent joliment l’un des murs de mon bureau aménagé dans la plus petite pièce de mon 4 ½. Je fais ce que j’aime, c’est-à-dire réviser, rédiger et traduire, dans un environnement que j’aime. Ici, ma bulle personnelle peut prendre toute la place qu’elle veut. Ici, personne ne me force à socialiser, à faire des compromis ou à raconter ce que j’ai fait en fin de semaine. Ici, je peux vivre de mon art sans porter atteinte à la personne que je suis et qui a été quand même assez amochée par la culture organisationnelle typique des grandes entreprises. Au fil de mes billets, je vous ferai découvrir cette personne et sa vie trépidante de travailleuse autonome. Ses hauts, ses bas, ses aspirations, ses craintes. Ses bons coups et ses petites gaffes. Je vous montrerai tout ce qu’on peut accomplir de beau quand on a la possibilité de le faire en restant soi-même. La liste est longue, je vous le garantis. 🙂

 

Jenny xx

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