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Stop ou encore

12 Mai

« Stop ou encore », c’est la question que je me pose tout le temps. Stop le travail, ou encore deux ou trois textes à lire? Stop le zieutage sur Facebook, ou encore cinq minutes au cas où j’aurais raté quelque chose? Stop la thèse pour l’été, ou non, encore une petite shot avant d’arrêter?

Stop ou encore, c’est le refrain perpétuel d’une vie qui va de plus en plus vite. D’une existence qui me semble passer toujours en fast forward, à attendre quelque chose d’autre, quelque chose de plus. C’est le bruit de fond omniprésent d’un monde qui a élu la productivité et la performance comme ses valeurs-maîtresses.

Le plus souvent, c’est le « encore » qui gagne. Envoye, t’es capable. Capable d’en prendre. Capable de travailler quatorze heures par jour. Capable de ne jamais prendre une journée off. Capable de te priver de tes amis, parce que tu n’as pas le temps, trop d’ouvrage à faire. À quoi ça sert, de toute façon, des amis, une famille? Ça te fait perdre du temps productif sur autre chose.

Bien entendu, ce n’est pas vrai. À un moment, on n’est plus capable. À un moment, le cerveau s’embrouille, même si on essaie de le pousser, de le convaincre qu’il a encore du jus. À un moment, il n’y en a plus.

Il n’y a plus de force dans le cerveau, dans le cœur, dans le corps.

À ce moment-là, il faut savoir s’arrêter.

Le « stop » est nécessaire, pour que le « encore » ait un sens.

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Je ne l’ai pas compris avant tout récemment. Je me disais que j’étais capable. Que m’arrêter, avouer que j’étais fatiguée, était une manifestation de faiblesse.

Je ne voulais pas être faible. Je ne voulais pas montrer que l’université me demandait beaucoup d’énergie. Je voulais avoir l’air solide et invulnérable. Je m’en fichais d’être blême, d’avoir les yeux cernés, de ne presque rien faire d’autre que de travailler.

Je ne suis pas faible. Je suis solide, oui, mais pas invulnérable.

Ça m’a pris longtemps à le comprendre.

Ce n’est pas d’être faible que de reconnaître qu’on a besoin de repos.

Décider de dire « stop », de prendre des vacances, c’est me choisir, moi. Ce que j’aime faire, ce que je suis, quand je ne travaille pas.

Et si je ne le savais plus?

C’est bien ça le drame du travail à tout prix : quand on arrête, on ne sait plus ce qu’on est. Ce qu’on aime vraiment faire.

Cet été, j’y réfléchirai. Qu’est-ce qui me rendait heureuse, avant que l’université s’immisce dans chaque sphère de ma vie? Qu’est-ce qui occupait mes journées, avant que mon mémoire, ma thèse ne prennent toute la place?

J’aimais jouer au tennis avec mon frère. Marcher au bord de l’eau avec mon meilleur ami ou ma mère. Rouler en voiture la nuit. M’asseoir au soleil.

C’est un bon début, n’est-ce pas?

La suite, ce sera de dire « stop » plus souvent.

Ça, c’est un bon défi.

 Anne-Sophie

* Si vous avez en tête la chanson de Plastic Bertrand, je m’en excuse. J’ai un peu (pas mal) fait exprès. 😉

« Marée montante »: À la dérive

9 Mar

Marée montante, c’est l’histoire d’un homme qui se noie de chagrin, après que sa fille, toute jeune, soit morte emportée par les flots. C’est une descente hypnotique dans les abysses du deuil, qu’on suit, bouche bée, englouti par les émotions à fleur de peau qui se dégagent de la plume limpide et douce de Charles Quimper.

 

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en ouvrant ce petit bouquin, sinon à lire quelque chose d’horriblement triste -mais ça ne me faisait pas peur: les histoires tristes, c’est ce que je préfère.

Je ne m’attendais certainement pas au raz-de-marée d’émotions qui m’a submergée.

C’était si violent, si brusque, comme une vague énorme qui m’aurait percutée de plein fouet. Je restais là, avec ce livre d’apparence insignifiante entre les mains, abasourdie, incapable de faire autre chose que tourner les pages, emportée par la plume agile de Quimper, qui peint sur la page des images évocatrices et fortes.

Et puis, il y a la mer.

J’aime la mer. Le son des vagues. La couleur de l’eau qui change avec le ciel. L’odeur salée du vent lorsqu’il survole l’onde.

Mais la mer, ici, est destructrice: c’est par l’eau que la petite Béatrice meurt, échappant à la surveillance de ses parents juste assez longtemps pour se noyer; c’est par l’eau, aussi, que la vie de sa famille s’effondre; par l’eau, encore, que son père, meurtri jusqu’au fond de sa chair, tente d’échapper au drame.

Portrait de deuil, de la folie qu’il entraîne, Marée montante est l’histoire d’un homme qui, s’il ne s’est pas noyé, finira pas se perdre lui aussi. Dans toutes les gouttes d’eau, il cherche sa fille. Parce que si chaque goutte d’eau cherche la mer, l’une d’entre elles finira bien par l’emmener jusqu’à Béatrice, n’est-ce pas?

« Je te cherche dans chaque goutte, je t’espère comme on espère une ondée en pleine canicule, comme on espère un dégel au printemps. » 

Ce sont ces détails qui chavirent: le bocal rempli d’eau que conserve le narrateur, résultat de milliers de gouttes d’eau solitaires amassées pour avoir aperçu dans leurs reflets quelque chose de sa fille disparue; le bruit d’eau qu’il entend en permanence, comme si sa maison elle-même était peu à peu envahie par la marée.

Et au fil des pages, cette obsession de l’eau, cette traîtresse qui lui a volé son enfant, va s’accroissant. Elle est là, la Marée montante: dans l’obsession qui guette le personnage, cette obstination sans bornes, dénuée de sens, à retrouver sa fille. À un moment, on se demande si tout est bien réel ou plutôt le résultat d’un esprit tordu par le deuil.

Pour un premier roman, c’en est tout un: il nous arrache à notre petit confort, nous lance dans l’inconnu, nous secoue comme de vulgaires poupées oubliées dans un tsunami et nous ramène sur la berge, enfin, désorienté mais satisfait.

Longue vie à Charles Quimper et à sa plume poignante.

Et à vous, bonne lecture. 😉

Anne-Sophie

L’étudiante automate

9 Fév

On a beaucoup parlé de santé mentale dans les dernières semaines. De la difficulté (et plus encore, de la nécessité) d’en parler. À mon tour, maintenant. Je parle.

 

Je parle, parce que la santé mentale, ce n’est pas seulement les dépressions, les burn-out et tout le reste: c’est aussi une question d’équilibre, de contrôle de sa vie.

Dans le milieu académique où j’étudie, où je travaille, l’équilibre et le contrôle n’existent pas. On travaille, sans arrêt; on laisse les échéanciers contrôler sa vie; et on semble s’accommoder de cette situation insupportable.

 

Crédit : Buzzfeed

Crédit : Buzzfeed

Dans ce milieu, il est valorisé de travailler 80 heures par semaine. Régulièrement, j’entends des professeurs se vanter qu’ils sont épuisés et dorment dans leur bureau l’après-midi. Qu’ils ont sauté le dîner pour ne pas « perdre le fil » de ce qu’ils faisaient.

Comment diable le fait de sauter un repas ou de dormir en plein milieu de journée peut-il être un objet de fierté? Une raison pour se vanter?

Le milieu universitaire ne pardonne pas. Ne donne aucune chance.

Il faut performer. Tout le temps. À tout prix.

Malgré tous les efforts, toutes les nuits blanches, toutes les fins de semaine sacrifiées et les sorties entre amis manquées, ce n’est jamais suffisant. Jamais assez.

Pour être la parfaite étudiante au doctorat, je devrais être misérable, avoir le teint verdâtre et aucune vie sociale, performer au maximum, produire des articles scientifiques, participer à des colloques qui demandent des heures de préparation, et ce ne serait pas encore suffisant: il faut en plus travailler, idéalement hors de l’université, parce que les emplois académiques sont rares.

Personne ne peut réussir à faire tout ça sans perdre des plumes.

Je n’a pas réussi non plus.

La session dernière, j’ai craqué.

Je pleurais tous les jours. Souvent, plusieurs fois par jour. J’ouvrais mon ordinateur, et parfois, j’avais des nausées si fortes que je devais m’y reprendre à deux fois pour commencer à travailler.

J’étais malheureuse.

Et quand j’en parle avec mes amies au doctorat, ça semble normal d’être malheureuses, d’être misérables parce qu’on travaille trop fort.

Dans nos universités, il est normal de mettre sa santé mentale en péril simplement pour obtenir un diplôme.

Dans la vraie vie, ce n’est pas normal.

Je vais le répéter: ce n’est pas normal.

Ce n’est pas normal qu’on se brûle le corps, qu’on se brise l’esprit à faire un doctorat ou une maîtrise.

Ce n’est pas normal qu’un étudiant-chercheur sur cinq présente des symptômes dépressifs. On nous dit que les ressources existent, et oui, elles sont là: les services de psychologie sont fournis et accessibles.

Mais comment savoir qu’il faut aller voir un psychologue si on pense que c’est normal? Si on pense que tout le monde travaille plus que soi, et qu’on devrait se ressaisir pour travailler autant que les autres?

Tout ça à cause du foutu modèle de l’étudiant parfait, que j’appelle l’étudiant automate, qui travaille sept jours sur sept, beaucoup trop d’heures par jour, sans se fatiguer.

Ça n’existe pas. C’est impossible.

Ce n’est qu’un modèle. Nocif et destructeur, qu’il faut démanteler.

Lentement, c’est ce que j’essaie de faire.

À moi toute seule, je ne ferai peut-être pas une grande différence, mais j’essaie tout de même d’aider mes amies à ne pas tomber dans les mêmes pièges que moi -j’ai fait un peu de la route avant elles, je connais le chemin.

Ne plus voir la lumière au bout du tunnel, c’est une chose. Savoir qu’on n’est pas tout seul dans le tunnel, c’en est une autre.

Ça peut tout changer.

Anne-Sophie

Vulnérable

25 Jan

Je n’aime pas les bébés chats. Les films tristes ne me font pas pleurer. Les funérailles non plus. Je ne m’attache à personne. À rien.

Ou presque.

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J’ai donné mon ancien MacBook à mon frère. C’est idiot. C’est juste un ordinateur. Mon portable d’université, sur lequel j’ai fait un nombre incalculable de travaux. Mon fidèle compagnon.

Je l’ai déposé sur son lit, et j’ai pleuré.

Je pense à vendre ma voiture (qui n’est rien d’autre qu’une voiture, après tout), et ma gorge se serre.

Et pourtant, je ne m’attache à personne.

C’est plus facile de s’attacher aux choses.

Les choses ne vous rejettent pas. Elles sont là quand vous en avez besoin. Elles vous attendent, fidèles, attentives, et elles font ce que vous voulez.

Avec les choses, on ne se pose pas de questions.

Surtout, on n’a pas besoin d’expliquer ce qu’on ressent.

Il n’y a pas de risque.

J’aime mon Mac, et j’ai presque l’impression qu’il m’aime aussi, parce que je suis la seule à m’en servir.

J’aime ma voiture, et on dirait qu’elle aussi m’aime tellement, parce qu’il n’y a que moi à la conduire.

C’est facile, aimer les choses.

Les choses ne vous trahissent pas, ne vous rendent pas vulnérables.

Voilà pourquoi j’aime les choses : elles m’évitent d’être vulnérable.

Les gens, eux, me mettent sans cesse dans une position de faiblesse, de danger.

Je suis sur la corde raide, tout le temps.

Comment savoir ce que pense mon meilleur ami lorsqu’il ne m’a pas textée depuis cinq jours? Et si j’avais dit quelque chose qu’il ne fallait pas? Et si notre dernière discussion l’avait blessé?

Comment savoir ce que pense le gars qui m’a invitée à une date? Comment lui dire, surtout, ce que moi, je pense, ce que moi, je ressens?

Tellement risqué. Tellement difficile.

Je ne m’attache pas aux gens, parce que c’est plus facile. Quand on ne s’attache pas, on n’est pas vulnérable. On s’en fiche, de ce que les gens pensent, de ce qu’ils font; ils peuvent partir et ça ne fait rien. À peine une ride sur l’eau, si vite effacée.

Ne pas m’attacher aux gens, c’est me protéger. M’empêcher de souffrir.

M’attacher, ce serait accepter d’être vulnérable. Risquer le vertige, le déséquilibre.

M’attacher aux gens, c’est un pas que je n’ose plus faire.

Parce que les gens sont mouvants. Changeants. Parce qu’ils n’ont pas tous la même réaction aux mots, aux gestes. Comment prévoir alors ce que je dois dire ou faire? Comment être certaine que tout ne va pas s’écrouler, par ma faute?

Je ne peux pas être certaine. Et ça me rend vulnérable.

Comment trouver le courage d’affronter l’incertitude, la vulnérabilité?

Je n’en sais rien. Mais j’essaie.

Un pas à la fois.

J’essaie de trouver les bons mots. Je les cherche souvent. Parfois, ils restent coincés dans ma gorge. Trop lourds. Trop grands pour moi, peut-être.

Ne pas prononcer les mots, ne pas dire ce que je ressens vraiment, ce serait rester invulnérable.

Mais rester invulnérable, c’est refuser de ressentir.

C’est triste.

Alors, même si ça me terrifie, j’essaie de me laisser devenir plus vulnérable. J’essaie de ressentir plus, de ressentir mieux, et de le dire.

Je suis encore loin d’admettre toutes les émotions qui me passent par le coeur. Pas à voix haute, en tout cas. Mais déjà, je les nomme, dans ma tête, en silence. Je les regarde en face, et j’essaie de les apprivoiser.

À la longue, peut-être, j’y arriverai.

À la longue, peut-être, je n’aurai plus peur.

À la longue, peut-être, je comprendrai qu’accepter d’être vulnérable, c’est devenir forte.

Anne-Sophie

Moana: Princesse des mers

12 Déc

J’ai dit « princesse »? J’aurais aussi pu dire « future cheffe de son clan. » Ou « navigatrice hors pair et rebelle dans l’âme. » Car Moana n’a rien à voir avec les fragiles princesses qu’a créées Disney au fil du temps: elle s’inscrit définitivement dans la lignée des Merida, Elsa et compagnie -pour notre plus grand bonheur.

Moana, c’est l’histoire d’une jeune fille, héritière de son clan, qui sent l’appel de l’océan depuis son plus jeune âge. Toutefois, sur l’île paradisiaque où elle habite, l’océan est vu comme un danger: au-delà du récif, il n’y a rien d’autre qu’une mort certaine. Après la mort de sa grand-mère, qui lui a confié le coeur de la déesse Te-Fiti, responsable de l’équilibre du monde, Moana quitte son île pour rejoindre le demi-dieu Maui (à prononcer Ma-o-wi) et le forcer à rendre son coeur à la déesse. Si elle échoue, le monde sera bientôt englouti par les ténèbres et son peuple mourra.

Le scénario semble assez classique: le héros part dans une quête initiatique, contre l’avis de ses parents et de sa communauté, pour une grande mission dont dépend l’équilibre du monde. Oui, on a déjà vu ça quelque part: mais de cette manière-là, non.

D’abord, Moana compte sur l’encadrement de ses deux parents -fait ô combien rare dans les films de princesse. Elle a été élevée dans le respect de la terre et de son peuple, pour répondre aux besoins de chacun sans fatiguer les ressources. Ensuite, elle est courageuse, un peu têtue, parfois totalement maladroite: on s’y reconnaît facilement. Enfin, Moana n’a pas peur non plus de montrer ses émotions: elle trouve l’équilibre entre sa force de future cheffe de clan et sa fragilité tout à fait humaine.

Ce qui fait aussi le caractère unique de Moana, c’est l’environnement dans lequel elle évolue: alors qu’on a souvent vu les princesses confinées à leur château, elle est libre, suivant les vagues là où elles l’emmènent, se guidant à l’aide des étoiles. C’est ce qui m’a le plus touchée dans ce film: la liberté absolue qu’incarne Moana, et son rapport avec l’océan, qui l’a choisie pour ramener le coeur de Te-Fiti et la protège tout au long du film.

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Une minuscule Moana salue l’océan. Quoi de plus mignon ? Image : images.m-magazine.com

Ah! J’allais oublier : un film de Disney n’en serait pas un sans une bonne trame sonore, n’est-ce pas? Les chansons sont magnifiques, inspirées de la tradition polynésienne. La chanson de Moana, How Far I’ll Go, est franchement prometteuse, et sa version française (celle que j’ai vue au cinéma) m’est longtemps restée en tête. Un nouveau Let It Go/Libérée, Délivrée, peut-être? Je ne crois pas, mais un ver d’oreille à coup sûr.

Alors, si vous cherchez un bon film familial à voir ces jours-ci, pour vous faire oublier l’hiver qui nous enveloppe tranquillement, allez donc voir Moana: le soleil et l’océan vous feront oublier le froid.

Bon cinéma! 😉

Anne-Sophie

La Fille du train : À glacer le sang

14 Nov

La Fille du train/The Girl on the Train n’est pas un film d’horreur. Et pourtant, je suis sortie du cinéma les nerfs à vif, à regarder derrière moi sur le stationnement et à verrouiller les portes de ma voiture avant de démarrer. Le film met en place une ambiance oppressante, où on ne sait plus démêler le vrai du faux, et Emily Blunt, dans le rôle principal, livre une performance qui donne froid dans le dos.

Emily Blunt donne froid dans le dos, parce que son personnage de Rachel démontre des tendances asociales, voire psychotiques. Elle est alcoolique -tellement qu’elle traîne une gourde remplie d’alcool à longueur de journée. Elle est obsédée par son ex-mari -tellement qu’elle porte toujours son alliance et l’appelle plusieurs fois par jour, en plus d’être déjà entrée chez lui sans y être invitée et d’être partie avec sa fille (sans l’emmener bien loin, précisons-le: elle l’a déposée sur la pelouse devant la maison avant de s’enfuir). À chaque scène, Blunt montre une émotion brute, souvent exacerbée par les effets de l’alcool, et c’est terriblement efficace.

Tous les jours, Rachel monte dans le train pour New York, y passe la journée et rentre.  Tous les jours, elle passe devant la maison de son ex-mari et sa nouvelle épouse, où elle habitait auparavant. Tous les jours, elle les espionne de son wagon -toujours le même.

Jusqu’au jour où, sans raison valable, elle descend du train à son ancienne station et croise une jeune femme blonde sur une route déserte -jeune femme qu’elle croit être Anna, la femme de son ex.

Le lendemain, on annonce la disparition d’une jeune femme blonde -Meghan, la gardienne de la fille de Tom, mariée à un homme violent.

Rachel ne se souvient de rien: la soirée est un trou noir total dans sa mémoire affectée par l’alcool. À partir de là, on assiste à la quête désespérée de Rachel pour retrouver ses souvenirs et aider le mari de Meghan. Une quête qui révélera beaucoup plus que la simple identité d’un meurtrier, mais pourrait bien secouer les fondations même de son existence.

Si la trame narrative est bien menée, avec des rebondissements multiples auxquels on ne s’attend pas, les personnages manquent légèrement de profondeur. On ouvre plusieurs pistes, mais on ne les explore pas à fond, sans doute par manque de temps -j’ose espérer que, dans le roman, les trois femmes ont été construites minutieusement.

Si vous cherchez un bon thriller qui vous donnera froid dans le dos, allez-y pour La Fille du train. Ce film m’a donné l’impression d’avoir brouillé la réalité, comme si je ne savais plus à quoi m’attendre de personne -la faute aux souvenirs flous de Rachel, qui se révèlent être exactement l’inverse de ce qu’elle croyait.

Et si vous aimez le film, n’oubliez pas: il y a aussi un livre, écrit par Paula Hawkins -que je vais certainement lire très bientôt. 😉

Anne-Sophie

L’espoir, la peur

9 Nov

Ce matin, en me réveillant, je ne savais pas que Donald Trump avait été élu président des États-Unis. Et puis, la réalité m’a rattrapée, comme un coup de poing en pleine face. La consternation est partout: sur les réseaux sociaux, dans les médias, dans mon propre coeur. En pensée, je recule le temps, je pense à la première élection de Barack Obama, et je ne comprends pas. Que s’est-il passé pour que l’espoir cède la place à la peur?

L'image d'espoir de Barack Obama

L’image d’espoir de Barack Obama

Je me souviens l’élection d’Obama. Je venais d’avoir 18 ans. J’étais inspirée par son discours d’espoir, qui me donnait l’impression que tout était possible. Que le monde m’était ouvert. Alors que la planète entière semblait crouler sous un marasme économique qui allait croissant, il nous parlait d’espoir, de possibilités, d’avenirs meilleurs où chacun aurait sa place.

Pour moi, il avait donné un sens au rêve américain. Le rêve américain, c’était d’entendre parler d’espoir et de projets, dans un monde où tous les politiciens se jetaient des insultes à la figure sans se soucier du peuple. Bien sûr, il y avait aussi eu des insultes à l’époque, mais ce qui m’a marquée, c’est l’espoir qui transpirait du discours d’Obama.

Ce matin, en voyant les résultats de l’élection, je ne comprends pas.

Comment les Américains ayant élu Barack Obama, ce grand humaniste aux discours inspirés et différents, ont-ils pu se tourner vers Donald Trump?

Depuis les débuts de sa campagne, Trump a tenu des propos racistes, alors même que son pays est de plus en plus diversifié. Il a tenu des propos misogynes, des femmes l’ont accusé d’agressions sexuelles. Il a détruit, un à un, les mythes du rêve américain, de l’ouverture, de la tolérance, de l’égalité des chances.

Pour moi, Trump représente la victoire de la peur. La peur de l’autre, la peur du changement, cette peur qui se faufile dans les veines et vous empêche de respirer, de réfléchir, de faire des choix éclairés. La peur qui, parfois, fait basculer le cours d’une élection, ou de l’Histoire.

La peur, ça étouffe l’espoir.

Mais l’espoir est vivace.

Et quand je vois le hashtag #Michelle2020 proposant la candidature de Michelle Obama à la présidence, je reprends courage. La peur ne gagnera pas toujours.

Il faut juste se retrousser les manches, et souffler sur les braises. Se regrouper, chercher des solutions, des alternatives.

À force d’y croire, l’espoir se rallumera.

Anne-Sophie

 

Jérémie Kisling: Vive la pop intelligente!

16 Oct

Vous cherchez une pop aux accents rétro, aux rythmes légers et aux paroles intelligentes? Écoutez donc Malhabiles, cinquième album de Jérémie Kisling, un auteur-compositeur-interprète suisse.

Malhabiles commence sur les chapeaux de roue, avec quatre pièces up-tempo aux sonorités rétro qui vous donneront envie de bouger. En termes de chanson de route, j’ai rarement vu mieux : c’est léger, efficace, et on a envie de taper rythmiquement sur le volant à chaque chanson, ou de se dandiner de son mieux (la tête, les épaules, allez-y).

La plus grande force de Kisling, c’est son écriture acérée, aux images fortes et aux propos toujours pertinents. Dans les albums précédents, le Suisse se laissait souvent aller à la fantaisie, mettant en scène des personnages animaux dans différentes situations improbables, Or, ici, l’auteur-compositeur délaisse ces métaphores pour donner à fond dans la critique, parfois déstabilisante, souvent éclairante, ou pour se livrer à des performances toutes personnelles sur le thème de l’amour. On retrouve là une belle maturité par rapport à ses opus précédents, qui laissaient entrevoir le talent de critique de Kisling mais ne lui donnaient pas le plein espace qu’il méritait -même si Antimatière, à ce titre, était particulièrement intéressant.

Dans Malhabiles, le Suisse trouve enfin l’équilibre entre le forme et le fond : les textes plus lourds sont tempérés par des mélodies accrocheuses aux allures pop, et les propos plus légers sont servis dans des emballages simples, le plus souvent piano-voix, qui servent bien l’ensemble et donnent à l’album une texture agréable.

Pour ceux qui connaîtraient déjà Kisling, l’artiste nous offre deux reprises de chansons tirées de son album Antimatière, qui leur donnent un air de légèreté. Antimatière et Par-dessus la Terre, deux incontournables de son répertoire, mettent en pleine lumière tout son talent d’auteur-compositeur. Vraiment, des pièces à écouter, peu importe la version que vous préférez –originale, remixée, les deux sont excellentes.

Enfin, un bémol : sur certaines pièces de l’album, la voix de Jérémie Kisling semble hésitante, comme s’il n’arrivait pas à atteindre les notes. Mais ça n’arrive pas souvent, et on s’habitue.

Bref, Malhabiles est un retour réussi de Jérémie Kisling, un album au propos pertinent qui compte déjà parmi mes préférés de l’automne –et je l’ai écouté en entier pour la première fois, euh… mardi. Je crois qu’on pourrait appeler ça un coup de coeur. 🙂

Ma préférée: Ça ne suffit pas

Pour le texte éclairant, critique à souhait et efficace. J’ai trop, j’étouffe et ça ne suffit pas/Et tout ce vide au fond de moi/ Je vis ma vie à l’envers… Assez représentatif de notre société de consommation, où même toutes les possibilités n’arrivent pas à nous satisfaire.

Pour se donner une idée: On ne sait faire que danser

Pour le rythme enjoué, assez représentatif de l’album. Pour la plume de Kisling, évidemment agile dans cette pièce, créant de belles images. Et parce que j’ai trouvé un vidéoclip, que je vous laisse juste ici. 😉

Bonne écoute! 🙂

Anne-Sophie

« Je t’aime, Rosie »: meilleurs amis, mais…

3 Oct

Quand votre meilleur-e ami-e vous dit « Regarde ce film-là, ça me fait penser à nous! », vous faites quoi? Bien sûr, vous regardez le film en vous disant « Ça va être tellement bon! ». C’est ce que j’ai fait pour Je t’aime, Rosie, adaptation cinématographique du roman La Vie est un arc-en-ciel, de Cecelia Ahern (au cas où ça vous rappelle quelque chose, elle a aussi écrit P.S. Je t’aime). Évidemment, j’ai aussi lu le roman; inévitablement, j’ai comparé les deux, et voilà ce que ça donne.

Le préambule est assez simple: Rosie et Alex sont meilleurs amis depuis la maternelle, et ne se sont jamais lâchés d’une semelle, jusqu’au grand départ d’Alex pour Boston. Ô malheur! Enceinte, Rosie doit rester en Irlande. Commence alors une longue séparation, durant laquelle les deux amis ne se perdront jamais de vue, sans jamais se révéler les véritables sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Les années passent, et la vie semble résignée à les éloigner, mais… qui sait ce qui pourrait se passer? 😉

C’est une histoire d’amour, vous l’aurez compris. Ce qui m’a le plus touchée dans cette histoire, c’est la conviction inébranlable d’Alex et Rosie qu’ils doivent faire ce qui est le mieux pour l’autre. Ils ne se posent pas de questions: l’important, c’est que l’autre aille bien, que sa vie soit la meilleure possible, et s’il faut pour cela qu’ils soient séparés, ils l’acceptent tous les deux. Tous les courriels qu’ils échangent, les moments qu’ils passent ensemble sont autant de traces de la force de leur amitié, qui ne se brise jamais malgré tout.

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Source: static.fnac-static.com

Au début, je dois l’avouer, la forme du roman m’a un peu prise par surprise: tout du long, on ne lit que des lettres. Entre Rosie et Alex, principalement, mais aussi entre Rosie et plusieurs membres de sa famille, Alex et son frère… Au début, c’est bizarre, mais on s’habitue.

En général, le roman m’a déçue. Les péripéties sont innombrables, tout comme les problèmes de Rosie -et ses complaintes. Ça ne sert pas nécessairement l’histoire qui, à la longue, semble franchement invraisemblable. Qui attendrait son « âme-soeur » pendant quarante ans? À la longue, on n’y croit plus, et on a hâte qu’ils se décident. Au début, toutefois, il y a plusieurs beaux moments, touchants et sincères, qui nous font continuer à lire jusqu’à la fin malgré les rebondissements parfois invraisemblables.

Le film, pour sa part, va directement à l’essentiel. On a droit à une belle histoire qui ne semble pas forcée ni exagérée, et qui laisse toute la place aux sentiments profonds entre Alex et Rosie, qui sont évidents dès le départ. En regardant le film, j’avais vraiment envie qu’ils finissent ensemble. C’était touchant et drôle à la fois, et ça sonnait vrai -comme les meilleurs passages du roman. Et la fin nous laisse le coeur léger, content. Ça fait du bien.

Vous l’aurez compris, c’est le film qui gagne, pour plusieurs raisons évidentes. Toutefois, si vous êtes vraiment une romantique dans l’âme et que les histoires d’amour qui-seraient-possibles-mais-qui-ne-fonctionnent-pas vous passionnent, ne vous gênez pas, je suis sûre que vous adorerez. Pour ma part, je vais revoir le film… plusieurs fois peut-être? 😉

Bonne lecture et/ou bon visionnement!

 

 

Anne-Sophie

Pour le lire

En français: La vie est un arc-en-ciel, ou Je t’aime, Rosie, chez J’ai lu

En anglais: Where Rainbows End, ou Love, Rosie, chez Harper Collins

Pour le voir

Je t’aime, Rosie / Love, Rosie, en DVD et Blu-Ray, avec Lily Collins (Rosie) et Sam Claflin (Alex).

10 choses à ne pas dire à ton amie célibataire

9 Sep

Parfois, on se retrouve célibataire pour une période de temps plus ou moins longue -ou alors, on connaît quelqu’un qui l’est. Dans ces moments-là, il arrive souvent que nos amies se lancent à notre rescousse pour nous aider à trouver la perle rare. Dans ces moments-là, il arrive aussi que nos amies nous lancent des remarques plus ou moins judicieuses. À toutes ces amies qui espèrent sauver la célibataire du groupe, voilà 10 choses à ne pas lui dire. Mais comme, vraiment pas.

Psst. J’utilise « amie » parce que, ces temps-ci, 99% de mes amis sont des filles. C’est rien contre vous, les gars. 😉

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1. T’es ben difficile! Baisse un peu tes attentes!

Ah oui? Je suis « difficile »? Excusez-moi de ne pas me contenter du voisin d’en face qui ne m’intéresse pas. Excusez-moi de savoir ce que je veux -ou ce que je ne veux pas.

2. T’es carriériste, ça fait peur aux gars/aux filles.

Pardon? Mettre mes études en priorité ne me rend pas carriériste. Anyway, c’est quoi le problème? Les gars devraient être contents, je suis capable de me faire vivre toute seule.

3. N’attends pas d’être trop désespérée avant de chercher quelqu’un, tu vas diminuer tes attentes et sortir avec des colons/colonnes.

Pourquoi est-ce que je serais « désespérée »? Je n’ai besoin de personne pour faire ma vie, merci. Et oui, des fois, il y a des moments où je me dis «Non mais qu’est-ce que j’ai fait?», mais jamais assez longtemps pour que je sois «désespérée.»
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4. T’es pas encore revenue de ton ex ou quoi?

Ce n’est pas parce que je ne reluque pas n’importe quel mâle d’un air avide que je ne suis pas « revenue » de mon ex. Mon ex est bien là où il est (hors de ma vie), et je suis bien là où je suis (toute seule).

5. Sérieux, je comprends pas comment ça se fait que tu es toute seule.

Ah ben. J’essaierai deux hypothèses.

1- Ça me tente pas d’être en couple/Je suis bien toute seule.

2- Ça me tente pas d’être en couple/Je suis bien toute seule.

P.S. Des fois, moi non plus, je comprends pas. #thanksfornothing

6. Mais tu dois être malheureuse toute seule!

Oui, des fois, je me trouve pathétique toute seule en pyjama avec mon sac de chips en train d’écouter Moulin Rouge! pour la millième fois. Mais est-ce que je suis malheureuse de pouvoir faire ce que je veux, quand je veux, avec qui je veux? Hé bien, non.

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7. Tu devrais sortir, rencontrer des gens!

J’ai déjà compris que si je reste enfermée dans mon bureau à l’université toute la journée, je ne rencontrerai personne, merci. Si je veux sortir (ou pas), ça me regarde.

8. C’est parce que tu n’as pas trouvé « le bon / la bonne ».

Ah non? Et pourquoi est-ce qu’il devrait y en avoir « un »? Et si j’ai pas le goût de m’engager? Ça se peut-tu, ça?

9. C’est juste une passe, tu vas voir.

Peut-être. Peut-être pas non plus. Être à l’aise toute seule, ça a ses bons côtés -notamment de se regarder en pleine face plus souvent qu’on le voudrait, erreurs, défauts et tout le reste. Mais quand on se voit dans le miroir, on sait à qui on a affaire. De toute façon, être en couple, c’est pas un prérequis pour être heureux.

10. Tu dois sûrement avoir quelqu’un en vue, non?

Non. Ou peut-être que oui. Anyway, c’est pas de tes affaires.

Alors, amies célibataires, ne désespérez pas: peut-être que maintenant, vous aurez moins de commentaires stupides. Courage! 😉

Anne-Sophie

Une comédie romantique rafraîchissante

22 Août

Parfois, on regarde un film par hasard, et on tombe sur un truc génial. C’est ce qui m’est arrivé lorsque j’ai visionné Partie de pêche au Yémen (Salmon fishing in the Yemen), une comédie romantique qui n’a rien à voir avec les autres films du genre. Or, ce qui est encore plus merveilleux que de tomber par hasard sur un film génial, c’est d’apprendre que le film en question est tiré d’un roman! Quel bonheur! Voyons comment se comparent les versions littéraire et cinématographique.

D’abord, résumons l’affaire : Alfred Jones, spécialiste des pêches, s’ennuie à mourir dans son bureau du ministère des Pêcheries lorsqu’il reçoit un courriel lui demandant de participer à un projet d’introduction de la pêche au saumon au Yémen, financé par un cheik à la fortune considérable. D’abord réticent, Alfred se lance dans le projet, aidé d’une jeune conseillère financière optimiste, Harriet Chetwode-Talbot. Au fil du temps, Alfred et Harriet commencent à croire à l’impossible, alors que le projet avance et que leurs vies se transforment à vitesse grand V. Bien sûr, Fred tombe amoureux de Harriet (vous vous en doutiez, n’est-ce pas?), mais là n’est pas l’essentiel: le roman et le film n’ont définitivement rien à voir avec une comédie romantique traditionnelle, d’autant plus que la fin, pour le premier, est loin d’être réjouissante.

Le roman est construit comme un rapport de commission concernant le projet « Saumon du Yémen. » On a donc droit à un ensemble de documents plus ou moins disparates, allant du journal intime de Fred aux échanges de courriels entre le Premier ministre et son directeur des communications. Je dois avouer que cette formule, si elle est audacieuse, est un peu difficile : il faut rester très concentré et, parfois, on se demande pourquoi l’auteur a jugé bon d’ajouter telle ou telle partie. L’ensemble est tout de même très bon, avec des personnages bien campés, aux voix propres, et une fin douce-amère, qui nous laisse triste et optimiste à la fois –presque incroyable, non? C’est le miracle de Partie de pêche au Yémen: malgré une fin tragique, on a l’impression que tout va s’arranger, que la vie continue malgré les drames, et qu’on peut trouver de la force même lorsque tout s’écroule.

Partie de pêche images-booknode.com

Image: booknodes.com

Le film, pour sa part, compte sur des dialogues ciselés et efficaces, une facture visuelle audacieuse et une chimie palpable entre Alfred (Ewan McGregor -mon acteur préféré et la raison principale pour laquelle je voulais voir le film au départ) et Harriet (Emily Blunt). Ici, je dois faire une confidence: habituellement, les comédies romantiques m’ennuient, et les finales 100% heureuses me rendent folle. Mais, cette fois, c’est bien fait, tout en subtilité et en demi-teintes: un succès total en ce qui me concerne. On finit le film avec le coeur content, rempli d’espoir en l’humanité, avec le goût de lancer des projets improbables et de faire confiance à tout le monde. Si vous aimez les comédies romantiques, vous serez servis!

Si vous lisez le livre d’abord, vous serez peut-être déçus du film : on a modifié légèrement la trame pour transformer le scénario original en véritable comédie romantique (même si le principal n’est pas l’histoire d’amour mais bien le projet de pêche). En plus, on a supprimé plusieurs personnages secondaires pour donner un peu plus de panache à Fred, et franchement, ça fait du bien!

Qui gagne? Tout le monde!

Hé non, je n’arrive pas à me décider. Même s’ils nous laissent dans un état d’esprit légèrement différent, le roman et le film sont aussi bons l’un que l’autre. Sous toutes ses formes, Partie de pêche au Yémen est un divertissement efficace et intelligent, mêlant science, politique et histoire d’amour. Peu importe la fin, l’histoire est brillante, bien menée, portée par des personnages authentiques par leurs faiblesses et leurs espoirs.

Bref, n’hésitez pas et plongez! Vous ne le regretterez pas! 🙂

Anne-Sophie

Pour le lire

En français : Partie de pêche au Yémen, de Paul Torday, aux éditions 10-18

En anglais : Salmon fishing in the Yemen, chez Orion Books

Pour le voir

Partie de pêche au Yémen / Salmon fishing in the Yemen, de Lasse Hallström, avec Ewan McGregor, Emily Blunt et Kristin Scott Thomas, en DVD et Blu-ray.

« Allégeance »: Peu convaincant

19 Juil

De retour à mes vieilles habitudes, je vous parle aujourd’hui de l’adaptation cinématographique du roman Allégeance, de Veronica Roth. Ultime tome de la trilogie Divergence, il sera adapté en deux films, dont le premier est maintenant disponible en DVD. C’est donc l’heure du duel: dans le coin gauche, le livre; dans le coin droit, le film!

En bref

Le chaos règne à Chicago maintenant que les habitants ont trouvé le secret des fondateurs de la ville: les citoyens font partie d’une expérience visant à améliorer la génétique humaine. Tris Prior, son copain Quatre et quelques autres quittent la cité pour voir ce qui se cache à l’extérieur. Ils y découvrent le siège d’une organisation scientifique visant à « purifier » l’ADN humain. Dans ce nouvel environnement, les défis sont nombreux pour Tris et Quatre: alors que leur valeur réside entièrement dans leurs gènes, qui sont-ils vraiment? Comment peuvent-ils sauver leurs amis restés à Chicago?

Allégeance livre

Source: archambault.ca

La critique

Vous le savez, je suis une fan de la série Divergence. J’ai adoré les deux premiers tomes, que j’ai relus plusieurs fois. Or, le troisième m’a laissée sur ma faim: je suis franchement déçue de cette idée de l’expérience scientifique et de l’explication des Divergents. En fait, les Divergents, que l’on admire depuis le début pour leur force de caractère, ne sont rien d’autre que des anomalies génétiques, qui démontrent qu’il est possible de guérir l’humain de ses tares. Donc, toute la faute humaine serait une affaire de biologie. Que fait-on du libre arbitre, de la responsabilité individuelle? En bref, les salauds sont des salauds parce qu’ils ont de mauvais gènes, pas parce qu’ils sont méchants. Hors de question que j’achète cette explication boiteuse. Vous l’aurez compris, je n’ai pas aimé ce roman, mais, puisque je vous ai déjà parlé des deux premiers tomes, je me fais un devoir de critiquer aussi le dernier. 😉

La troisième partie de l’adaptation cinématographique n’est pas meilleure que son scénario original: pire encore, on a étiré le roman pour en faire deux films! Lorsqu’on parle d’oeuvres denses comme Harry Potter et les Reliques de la mort, ça passe bien et permet de plonger plus en profondeur dans les détails de l’histoire. Avec Allégeance, ça rend le tout pénible, surjoué, et plate par moments. Sincèrement, même Shailene Woodley, plus que convaincante en Tris depuis le début, semble s’ennuyer. Les effets spéciaux, utilisés à outrance, sont mal faits, laissant à l’ensemble un air artificiel qui nous distrait. Les dialogues sont tout sauf efficaces, alors… Vraiment pas de quoi se réjouir ici.

Qui gagne? Le roman

Malgré tout, le roman sort vainqueur de cette confrontation, d’abord parce qu’il tient en une partie, et aussi parce qu’il est sans doute plus intéressant que le film -dont la suite, Ascendance, sortira le printemps prochain -en téléfilm, s’il vous plaît, tant les recettes ont été décevantes.

Bref, si vous étiez fan de la série, vous pouvez regarder Allégeance, sans avoir trop d’attentes, parce qu’elles risquent fort d’être déçues. Sinon, franchement, je ne vous le conseille pas. Lisez-le donc pour commencer. 😉

Anne-Sophie
xx

Pour le lire

Allégeance, Veronica Roth, éditions Ada

Allegiant, Veronica Roth, HarperCollins

Pour le voir

Allégeance / Allegiant, avec Shailene Woodley et Theo James, en DVD, Blu-ray et numérique

 

Sting et Peter Gabriel: « Historique! »

13 Juil

C’est Sting lui-même qui l’a dit : son passage sur les Plaines d’Abraham en compagnie de Peter Gabriel, le 7 juillet, serait « historique » et « unique ». J’étais là, et je confirme: c’était historique, unique, fantastique. Un grand spectacle, par deux grands artistes au sommet de leur art.

Crédit photo : Jean-Marie Villeneuve, Le Soleil

Crédit photo : Jean-Marie Villeneuve, Le Soleil

Je l’avoue, je suis une fan finie de Sting. J’ai acheté ma passe du Festival d’été de Québec uniquement pour le voir sur les Plaines. Alors, quand il est apparu dans son veston de cuir bleu avec sa guitare électrique, j’ai cru que je rêvais.

C’était un rêve parfait (surtout parce qu’il était réel), qui a duré plus de deux heures et demie.

Sting et Peter Gabriel se sont amenés avec un spectacle rodé à la perfection. Les morceaux s’enchaînaient fluidement, passant d’un univers à l’autre sans heurt. Les deux têtes d’affiche étaient manifestement heureuses d’être là et leurs musiciens semblaient eux aussi s’amuser follement. L’énergie était palpable, et pas seulement parce qu’ils étaient 14 à occuper la scène.

Tout autour de moi, la foule aussi était prête à s’amuser: tout le monde chantait, dansait, criait avec enthousiasme -et, je dois l’admettre, moi aussi! Mes voisins n’étaient pas en reste, et tout le monde semblait profiter du spectacle au maximum. Les réactions étaient spontanées, et les cris de joie étaient nombreux (pour ma part, notamment, quand j’ai entendu les premières notes de Englishman in New York, que j’ai dans la tête depuis ce moment).

L’aspect visuel du spectacle était particulièrement élaboré: des projections accompagnaient les pièces, passant de motifs colorés presque psychédéliques à des images captées en direct sur la scène. D’ailleurs, les images transmises sur les écrans géants étaient tout à fait divertissantes: on ajoutait souvent des effets, faisant tournoyer ou changer de couleur les images au rythme de la musique. Franchement, ça devait être tout un travail technique!

En plus, les deux Britanniques ont pris la peine de s’adresser en français à la foule, et pas seulement pour dire « Bonsoir Québec! ». Ils avaient préparé d’assez longs textes pour expliquer la genèse du spectacle (textes qui nous ont aussi appris que les deux acolytes sont surnommés les « jumeaux tantriques » en raison de leur amour commun pour le yoga). Ces monologues, surtout rendus par Gabriel, étaient assez amusants, notamment à cause de la pile de feuilles que devait tenir Sting pour que Gabriel lise son texte.

Vous aurez compris que j’ai été transportée par mon expérience: je n’en revenais pas de voir enfin Sting en chair et en os, avec autant d’énergie. Sa voix (tout comme celle de Peter Gabriel) était parfaite, claire, juste… Pour mon baptême du Festival d’été, je n’aurais pas pu rêver mieux!

Bref, c’était un spectacle qui me restera en tête longtemps. Maintenant, chaque fois que j’enfilerai mon veston de cuir bleu (hé oui, j’en ai un!), je penserai à Sting! 😉

Anne-Sophie

 

P.S. Au cas où vous ne me croyez pas sur parole, je vous place ici la liste des chansons pour vous convaincre de la qualité du spectacle. 🙂

The Rhythm of the Heat (Peter Gabriel)
If I Ever Lose My Faith in You (Sting)
No Self Control (Peter Gabriel)
Invisible Sun (Sting, The Police)
Shock the Monkey (Peter Gabriel)
Secret World (Peter Gabriel)
Driven to Tears (Sting, The Police)
Fragile (Sting)
Red Rain (Peter Gabriel)
Dancing With the Moonlit Knight (Peter Gabriel, Genesis)
Message in a Bottle (Sting, The Police)
San Jacinto (Peter Gabriel)
Walking in Your Footsteps (Sting, The Police)
Kiss That Frog (Peter Gabriel)
Don’t Give Up (Peter Gabriel)
Big Time (Peter Gabriel)
Englishman in New York (Sting)
Solsbury Hill (Peter Gabriel)
Every Little Thing She Does Is Magic (Sting, The Police)
If You Love Somebody Set Them Free (Sting)
Roxanne (Sting, The Police)
Love Can Heal (Peter Gabriel, chanson dédiée à Jo Cox)
Desert Rose (Sting)
In Your Eyes (Peter Gabriel)
Rappel:
Every Breath You Take (Sting, The Police)
Sledgehammer (Peter Gabriel)

 

 

Les boîtes

17 Juin

Déménager, c’est pas facile. Il faut choisir l’appartement, faire ses boîtes, ranger, nettoyer… Mais le plus difficile, ce n’est pas d’empaqueter ses affaires : c’est de se rendre compte du chemin parcouru d’un appartement à l’autre –et ce chemin-là, il ne se compte pas en kilomètres.

 

 

Photo prise sur Pinterest.

Photo prise sur Pinterest.

Ça fait trois ans que j’habite le même petit appartement. Je déménage demain. Mes boîtes s’empilent dans le salon comme autant de souvenirs que je préfère regarder à la dérobée, comme en trompe-l’œil, pour ne pas me rappeler vraiment. Et pourtant, il a bien fallu que je les remplisse avant d’en détourner les yeux –exercice difficile, mais nécessaire.

Faire mes boîtes, c’est accepter de regarder en face celle que je suis devenue. C’est refaire, à l’envers, le chemin parcouru depuis la dernière fois. Regarder des pochettes d’albums que j’ai écoutés en boucle à un moment où il n’y avait que la musique et l’université à avoir du sens dans ma vie. Relire des passages de romans auxquels je me suis accrochée comme à des bouées de sauvetage.

Faire mes boîtes, c’est accepter les mauvais souvenirs, et chérir les bons. C’est accepter les mauvaises décisions, les moments de désespoir, l’équilibre précaire d’une période où mes repères n’avaient plus de sens. C’est m’accrocher aux instants de bonheur et aux grandes victoires –l’arrivée de ma coloc, l’achèvement de ma maîtrise, le début de mon doctorat. C’est me rappeler qui j’étais, et faire la paix avec cette jeune femme qui ne savait plus trop ce qu’elle faisait, qui accumulait les mauvais choix à une vitesse étourdissante et qui cherchait frénétiquement un sens à un monde qui semblait en être dépourvu.

Aujourd’hui, je n’en suis plus là.

Il y a encore des moments où j’ai l’impression que mes repères s’effritent et que le monde tourne à l’envers. Désormais, mes ancrages sont plus solides. Si je tangue, j’arrive malgré tout à garder le cap. Ça semble stupide, mais parfois, il en faut si peu pour perdre l’équilibre. Maintenant, je sais mieux jouer les funambules, et je n’ai plus le vertige.

Aujourd’hui, je vois mes boîtes empilées dans le salon, et je n’ai plus peur de les ouvrir. Il n’y a pas de squelettes dans mes placards, de fantômes dans mes miroirs; ne reste que l’avenir, étincelant de promesses.

Demain, quand je regarderai mes boîtes, avant de déménager, ce sera pour observer l’infini des possibles qui s’ouvrent devant moi.

Demain, quand j’ouvrirai mes boîtes pour enfin m’installer, ce ne sont pas des mauvais souvenirs que je verrai, mais les traces de tout le chemin parcouru, et les indices d’un sentier encore à battre.

Reste juste à choisir le bon.

On y va?

Anne-Sophie

Hommage à ma coloc

3 Mai

Si vous avez quitté votre région et la maison de vos parents pour étudier, vous savez que le dépaysement est plus que total lorsqu’on arrive dans son nouvel environnement. Quand j’ai quitté le Saguenay pour Québec, j’étais déracinée, dépassée, perdue. Puis, j’ai rencontré mes deux meilleures amies, mes sœurs-de-choix, mes sœurs-de-cœur, dont l’une est ma coloc.

Crédit photo : Twenty something living

Crédit photo : Twenty something living

Elle quittera bientôt l’appartement que nous partageons depuis trois ans. Trois ans à travailler fort pour obtenir nos diplômes respectifs, à rentrer crevées de nos journées de cours, de stage, de rédaction. Trois ans de hauts et de bas, de larmes cachées ou pas. Trois ans aussi de rires, de films en rafale, de conversations décousues au fil de nos lectures respectives. Trois ans de colocation qui méritent un hommage. Alors, à ma coloc, et à toutes les colocs du monde, je dédie ce billet.

Depuis trois ans, je passe la majorité de mon temps à partager le même espace qu’elle. Statistiquement parlant, elle est la personne avec qui je passe le plus de temps dans une semaine. Elle pourrait m’énerver, m’agacer. Non. Elle me comprend et m’apaise. Elle sait quand me parler, quand me laisser faire; elle sait partager sans envahir.

Je ne compte plus les heures qu’on a passées ensemble, à lire chacune un roman assise de part et d’autre du divan. Parfois, l’une de nous parlait; parfois, on se taisait complètement. L’important n’était pas de parler: c’était de partager cet instant de quiétude, ce petit moment de grâce. D’autres fois, on écoutait en rafale des films d’animation, ou une série télé qu’elle avait louée à son club vidéo. Grâce à elle, je suis devenue accro de La Reine des Neiges, de Moulin Rouge! et de Haven (dont je vous ai parlé ici). En de rares occasions, nous nous permettions même une sortie spéciale: quand il faisait chaud, on partait à pied se chercher un McFlurry (pour elle) et un sundae (pour moi) au McDo.

Évidemment, ce n’était pas toujours drôle. Il y a eu aussi tous ces jours où on rentrait épuisées, l’esprit vide d’avoir trop réfléchi, le corps fatigué d’avoir été debout toute la journée. Tous ces jours où on en avait par-dessus la tête de nos études. Si j’avais besoin de parler (ou plutôt, de me plaindre et de chialer à tour de bras), elle me prêtait une oreille attentive. J’ose espérer que j’ai réussi à faire la même chose.

Il y a aussi eu les soirs et les journées où l’une de nous était malade. Chaque fois elle était là, à m’offrir du Gatorade, de l’eau, des Advil ou un film, à s’assurer que j’allais le mieux possible. Si je me sentais mal, je savais que je pouvais compter sur elle. De mon côté, j’aurais fait des milles à pied pour aller lui chercher des médicaments, des plasters, n’importe quoi pour qu’elle aille mieux. C’est dans ces moments-là qu’on reconnaît une bonne coloc: elle ne lésine pas sur les moyens quand l’autre est malade.

Une bonne coloc, surtout, c’est quelqu’un qui nous fait sentir chez nous même quand on n’est pas sûr d’y être.

Je ne m’étais jamais sentie « chez moi » nulle part ailleurs que chez mes parents.

Jusqu’à ce qu’elle arrive. Maintenant, j’ai deux « chez moi »: notre appartement, et la maison de mes parents.

J’ai deux « chez moi », et surtout, plein de souvenirs merveilleux. Plein d’instants de quiétude, de bonheur tranquille, de calme entre deux tempêtes.

Une bonne coloc, ça change une vie -pour le meilleur. Quand on se retrouve loin de chez soi pour étudier, forcé de faire toutes les tâches ménagères, de se faire à souper tous les soirs et de prendre en main sa vie « d’adulte », une coloc compréhensive et agréable, ça peut faire toute la différence du monde.

Alors, à toutes les colocs qui s’efforcent de nous rendre la vie plus facile, merci.

Et à la mienne surtout: merci pour tout.

Anne-Sophie

 

 

Safia Nolin: diamant brut, émotion pure

3 Mar

J’aimerais faire une introduction stylée. J’aimerais présenter Safia Nolin aussi bien qu’elle le mérite, mais les mots me manquent. Je me contenterai de dire que j’ai assisté au spectacle de l’artiste originaire de Limoilou, samedi dernier, au Bistro Café Summum de La Baie, et que c’était merveilleux. Envoûtant. Et surtout, authentique.

Authentique, c’est ce qui me reste en tête après cette soirée magnifique. Ça n’a duré qu’une heure, et j’en aurais pris plus. J’aurais voulu rester là, à écouter la voix claire et puissante de Safia, jusqu’à ce qu’elle se lasse et me jette dehors.

Limoilou

Le premier album de Safia Nolin, Limoilou. Source: bonsound.com

Un talent brut

Safia Nolin a du talent. Un talent brut, immense, éblouissant. Tout chez elle semble instinctif, de la manière dont elle joue de la guitare à la façon simple et efficace qu’elle a d’interpréter ses chansons. C’est instinctif, c’est vrai, et c’est pour ça que c’est si bon. Les chansons sont tristes, déchirantes, transpirant un mal-être profond qui nous donne la chair de poule. Les interprétations sont candides, authentiques, viscérales, et touchent droit au cœur.

L’honnêteté de Safia Nolin bouscule, ébranle, déstabilise, lorsqu’elle chante et lorsqu’elle se risque à quelques mots entre deux pièces. Avec son rire clair, contagieux, et sa franchise inimitable, Safia inspire une sympathie instantanée, en même temps qu’elle étonne. Le contraste est frappant : lorsqu’elle parle, elle semble timide, mal assurée, se tournant vers son inséparable acolyte Joseph Marchand pour l’aider; lorsqu’elle chante, elle est confiante, la voix solide, la main sûre sur sa guitare. Tellement confiante, qu’elle ose même s’attaquer à un classique de Céline Dion, My Heart Will Go On, dans la seule reprise de la soirée. Je n’ai jamais été une fan finie de cette chanson, mais l’interprétation de Safia, sans artifices, simple, honnête, avait de quoi me donner des frissons.

Une artiste à voir absolument

J’avais entendu de nombreuses critiques extrêmement positives de Safia Nolin, et j’étais déjà conquise par ses mélodies aux accents mélancoliques. Mais rien ne peut se comparer à l’expérience live. Si vous n’êtes pas convaincus, si vous croyez qu’il y a là un buzz inutile, prenez la peine de sortir, et allez la voir en show. Vous ne serez pas déçus. Safia Nolin, c’est un diamant brut dont le talent aux mille facettes n’a pas fini d’éblouir.

Pour la voir

4 mars, L’Anglicane (Lévis)

5 mars, Vieux-Clocher (Magog)

11 mars, Théâtre Desjardins (Montréal)

12 mars, Centre des Arts Shenkman (Ottawa)

Et d’autres dates sur sa page Facebook. 🙂

Anne-Sophie

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