Fragile

11 Oct

La plupart du temps, je suis satisfaite de mes choix de vie et fière de mes accomplissements. Parfois, je me dis que je pourrais faire un peu plus, un peu mieux, comme tout le monde, quoi. Et puis arrive cette fameuse journée où plus rien ne va. C’est la journée de la flagellation mentale.

Me voilà donc condamnée, pour les prochaines heures, à ruminer, à angoisser, à me questionner et à douter. Un scénario qui m’est tellement familier que je pourrais bien suggérer à un réalisateur de le porter à l’écran. Après Orgueil et préjugés, voici Envie et complexe d’infériorité, un drame sentimental mettant en vedette Jenny Larouche, une jeune femme de 28 ans qui se plait à comparer ses succès avec ceux d’autrui sur la base d’éléments aléatoires et objectivement incomparables… et qui maîtrise parfaitement l’art de se faire mettre en échec par des adversaires imaginaires.

Le processus est souvent enclenché lorsque je suis peu ou pas occupée, ce qui me donne tout le loisir d’espionner les profils de monsieur-madame Tout-le-monde et de me dire que ces gens-là réussissent mieux que moi, sous tous les angles et sur tous les plans. On ne se racontera pas de menteries : l’ennemi numéro 1 de la jeune femme complexée est sans contredit Facebook qui, sans considération aucune pour la fragilité de ton estime personnelle, te garoche quotidiennement en plein visage des histoires trépidantes de gens talentueux dont les projets, couronnés de succès, leur valent des « j’aime » à la pelle et des félicitations à la tonne.

Crédit : Andrey Larin – Unsplash

Mais attention; ces élans d’envie et de jalousie ne sont pas dirigés vers n’importe qui. En ce qui me concerne, je prends soin de sélectionner des gens qui se distinguent dans des activités que je suis incapable de faire et dans lesquelles j’aimerais tellement exceller.

Savoir que tel athlète a remporté une médaille dans telle discipline ne suscite en moi aucune forme d’envie; je n’ai jamais aimé le sport et je n’ai jamais cherché à me distinguer sur ce plan. De la même façon, apprendre qu’une ex-collègue de classe attend son troisième enfant ne me fait ni chaud ni froid; des enfants, je n’en veux pas, et je n’en aurai pas non plus. Affaire réglée.

Par contre, si j’apprends que telle personne prend régulièrement la parole sur la scène publique pour défendre une cause qui lui tient à cœur, ça se pourrait que je sente mes tripes se contracter. Oui, parce que pour moi, avoir du succès, c’est ça : militer, dénoncer, influencer, prendre position. Toutes des choses que je suis bien en peine de faire, moi qui essaie de me convaincre que traduire des textes dans le confort de son foyer, c’est aussi ça, contribuer à l’avancement de la société. Quand je les vois, ces jeunes femmes et ces jeunes hommes politisés qui sortent dehors pour faire valoir leurs idées, je dois avouer que ça me remue en dedans. Si seulement j’arrivais à en faire autant. Et voilà que se remet à jouer, en arrière-plan, la trame sonore du film de ma vie. Probablement la même qui retentit dans l’esprit de la femme qui, désespérée de devenir maman, voit s’agrandir la famille de sa meilleure amie.

Et comme si se laisser submerger par l’envie et la jalousie n’était pas déjà assez destructeur, il faut encore ajouter à cela la culpabilité et la honte. La culpabilité de mépriser des gens qu’on ne connaît même pas, ou pire, des gens qu’on connaît et qu’on adore, simplement parce qu’ils ont ce qu’on ne peut avoir, ou parce qu’ils font ce qu’on ne peut pas faire. Et la honte de gagner en âge, mais certainement pas en maturité. Oui, parce qu’une fois l’orage passé, on se rend bien compte que nos pensées étaient irrationnelles et notre comportement, infantile. Alors, on refoule, et on évite d’en parler.

Sauf que des journées comme ça, on en vit tous, à divers degrés. Un tsunami d’émotions qui nous brasse de l’intérieur et qui nous laisse parfois un peu amochés. Un élément déclencheur, souvent anodin, qui vient réveiller les peurs et l’insécurité de l’enfant qui sommeille en nous et qui nous rappelle que, en dépit des années qui passent, on reste tout aussi fragiles, comme le chantait Luc de Larochellière.

C’est beau, la fragilité. Savoir l’accepter et, encore mieux, la valoriser, c’est peut-être ça, au fond, la clé du succès.

Jenny

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