Famine ou festin

19 Avr

L’année avait commencé lentement; normal. En janvier, on a tous l’esprit embrumé par les parfums de menthe poivrée et les restants de dinde farcie. En février, ça a décollé. Les mandats rentraient à la pelle, si bien que mon chiffre d’affaires a dépassé mes plus folles attentes. Ça y est, ma grande, t’es partie pour la gloire, que je me suis dit. Puis, le mois de mars est arrivé, et j’ai déchanté.

 

T’sais, t’as beau rouler à 120 km/h et avoir assez d’essence pour te rendre à destination, t’es jamais à l’abri d’une crevaison. Ben c’est un peu ça qui est arrivé.

Je me suis tourné les pouces pendant la quasi-totalité des deux premières semaines du mois, espérant vainement recevoir ZE mandat qui me permettrait de renflouer mes coffres. Au cours de ces 15 jours qui ont semblé durer une éternité, j’ai eu quelques petits contrats, mais rien pour se péter les bretelles ou espérer manger autre chose que du Kraft Dinner la semaine d’après. Et dire que j’avais commandé du resto trois jours de suite au début du mois. Force est de constater qu’ils avaient raison, ceux qui affirmaient que dans ce monde-là, c’est tout ou rien. Famine ou festin.

Crédit : Giphy

Une amie dont j’admire l’optimisme m’a suggéré de voir cette période creuse comme des vacances. Pas fou, comme idée. Sauf que je n’ai guère l’habitude de passer mes vacances à faire des allers-retours entre Netflix et ma boîte courriel, les fesses résolument scotchées à ma chaise d’ordi. Et puis, un moment donné, ça va faire, l’oisiveté. Une journée à se la couler douce, c’est bien. Une dizaine, voire une quinzaine de suite, ça commence à peser lourd sur le moral.

Il fallait que je m’occupe, ou j’allais devenir folle. Au bout de quelques jours, j’ai sorti tout ce qu’il restait de flocons d’avoine dans le garde-manger et j’ai fait une grosse batch de muffins. J’ai proposé mes services à des clients potentiels. J’ai jasé avec une collègue traductrice des enjeux de la profession et j’ai lu pas mal d’articles sur l’actualité locale et internationale. Faute d’être fortunée, j’allais au moins être cultivée.

C’est assez démoralisant de rembourser une bonne partie du montant accumulé sur ta carte de crédit et de devoir la remplir à pleine capacité le mois suivant. Pourtant, c’est une réalité à laquelle sont confrontés de nombreux pigistes, et d’après ce que j’ai pu voir et entendre, l’expérience et les compétences n’ont pas grand-chose à voir là-dedans.

Je ne sais pas trop si ça me rassure ou si ça me décourage de savoir que même les pigistes chevronnés, reconnus comme des sommités dans leur secteur d’expertise, vivent des périodes creuses de temps en temps. Le 8 avril dernier, mon entreprise individuelle a célébré son premier anniversaire. J’ai encore beaucoup à apprendre, autant sur les rudiments de ma profession que sur la gestion budgétaire. C’est tellement tentant de se gâter et de faire des dépenses pas très raisonnables et assez peu rationnelles lorsque le mois a été lucratif et que l’argent rentre à flots. On se dit qu’on le mérite, et avec raison. Mais rien ne garantit que ça ira aussi bien le mois suivant. Dans le merveilleux monde de la pige, un accident est si vite arrivé. Aussi bien jouer de prudence et garder ses économies, aussi modestes soient-elles, pour pallier les imprévus.

Même si je ne changerais ma situation pour rien au monde, je l’avoue; des fois, je suis jalouse de mes amis salariés qui reçoivent leur paie aux deux semaines. Qui n’ont pas à se demander si tel client réglera sa facture avant que le proprio encaisse le chèque du loyer. Ou si tel autre client réglera sa facture tout court.

Aux alentours du 20 mars, le vent a commencé à tourner, et ça a redécollé tranquillement pas vite. Je maintiens grosso modo la même vitesse de croisière depuis le temps. Je suis comme la p’tite mémé qui active le régulateur de vitesse à 70 km/h sur l’autoroute. Ça roule, mais ça roule lentement. Sauf que, contrairement à mémé, j’ai des réflexes bien aiguisés. Je suis prête à enfoncer l’accélérateur n’importe quand. En attendant, je profite du paysage. Et de mes muffins.

Jenny xx

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2 Réponses to “Famine ou festin”

  1. Ferdy Pain d'épice 19 avril 2017 à 17 h 37 min #

    Courage !!!

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  2. Anne Fonteneau 20 avril 2017 à 4 h 17 min #

    Oui, cela exige de la planification et un optimisme débordant! Essentiel d’avoir un passe-temps passionnant pour passer à travers ces moments-là…

    J'aime

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