Les boîtes

17 Juin

Déménager, c’est pas facile. Il faut choisir l’appartement, faire ses boîtes, ranger, nettoyer… Mais le plus difficile, ce n’est pas d’empaqueter ses affaires : c’est de se rendre compte du chemin parcouru d’un appartement à l’autre –et ce chemin-là, il ne se compte pas en kilomètres.

 

 

Photo prise sur Pinterest.

Photo prise sur Pinterest.

Ça fait trois ans que j’habite le même petit appartement. Je déménage demain. Mes boîtes s’empilent dans le salon comme autant de souvenirs que je préfère regarder à la dérobée, comme en trompe-l’œil, pour ne pas me rappeler vraiment. Et pourtant, il a bien fallu que je les remplisse avant d’en détourner les yeux –exercice difficile, mais nécessaire.

Faire mes boîtes, c’est accepter de regarder en face celle que je suis devenue. C’est refaire, à l’envers, le chemin parcouru depuis la dernière fois. Regarder des pochettes d’albums que j’ai écoutés en boucle à un moment où il n’y avait que la musique et l’université à avoir du sens dans ma vie. Relire des passages de romans auxquels je me suis accrochée comme à des bouées de sauvetage.

Faire mes boîtes, c’est accepter les mauvais souvenirs, et chérir les bons. C’est accepter les mauvaises décisions, les moments de désespoir, l’équilibre précaire d’une période où mes repères n’avaient plus de sens. C’est m’accrocher aux instants de bonheur et aux grandes victoires –l’arrivée de ma coloc, l’achèvement de ma maîtrise, le début de mon doctorat. C’est me rappeler qui j’étais, et faire la paix avec cette jeune femme qui ne savait plus trop ce qu’elle faisait, qui accumulait les mauvais choix à une vitesse étourdissante et qui cherchait frénétiquement un sens à un monde qui semblait en être dépourvu.

Aujourd’hui, je n’en suis plus là.

Il y a encore des moments où j’ai l’impression que mes repères s’effritent et que le monde tourne à l’envers. Désormais, mes ancrages sont plus solides. Si je tangue, j’arrive malgré tout à garder le cap. Ça semble stupide, mais parfois, il en faut si peu pour perdre l’équilibre. Maintenant, je sais mieux jouer les funambules, et je n’ai plus le vertige.

Aujourd’hui, je vois mes boîtes empilées dans le salon, et je n’ai plus peur de les ouvrir. Il n’y a pas de squelettes dans mes placards, de fantômes dans mes miroirs; ne reste que l’avenir, étincelant de promesses.

Demain, quand je regarderai mes boîtes, avant de déménager, ce sera pour observer l’infini des possibles qui s’ouvrent devant moi.

Demain, quand j’ouvrirai mes boîtes pour enfin m’installer, ce ne sont pas des mauvais souvenirs que je verrai, mais les traces de tout le chemin parcouru, et les indices d’un sentier encore à battre.

Reste juste à choisir le bon.

On y va?

Anne-Sophie

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