ENTREVUE AVEC FLORENT SIAUD

 

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©photo : Gracieuseté Théâtre La Chapelle

4.48 PSYCHOSE : La mort comme potion

 « Ce texte n’est pas un éloge du suicide. C’est un texte sur la vie. Il nous tend un miroir pour interroger nos choix, notre rapport à l’amour et à la mort, la place que nous occupons dans la société… On accepte donc de suivre la protagoniste dans son périple tortueux parce qu’elle nous aide à réfléchir sur nous-mêmes. L’expérience qu’elle traverse nous renvoie à ce que nous sommes. »
– Florent Siaud, metteur en scène

Du 27 janvier au 6 février 2016, venez vous faire bousculer, venez vous faire prendre par la main, venez vous faire happer par une forme théâtrale à la fois englobante et extérieure, sensuelle et virulente, tranchante et douce. Une vie qui défile sous vos yeux, en accéléré.

Comédienne, metteure en scène et écrivaine, Sarah Kane se donne la mort le 20 février 1999, laissant derrière elle une cinquième pièce de théâtre. 4.48 Psychosis est un court texte, très dense, consacré à la maladie de la mort, maladie que rien ne peut arrêter. Sarah Kane témoigne de sa douleur avec une telle véracité et une telle pureté qu’on ne peut s’empêcher d’être frappé par sa force.

Pour le metteur en scène et dramaturge, Florent Siaud, le texte 4.48 Psychose est une matière, un matériau plein de paradoxes et c’est précisément ce qui lui confère sa profonde théâtralité. « De mon point de vue, dit-il, c’est un des textes de théâtre les plus brillants jamais écrits. Il ne s’agit pas seulement de fragments poétiques éclatés mais d’une pièce éminemment théâtrale, animée par une irrépressible lame de fond. »

L’impressionnante culture de l’auteure se retrouve condensée dans son œuvre et il n’en reste qu’une épure, une sorte de poésie condensée à l’essentiel. « Elle essaie de trouver le sens de l’existence en s’appuyant tantôt sur la médecine, tantôt sur la religion, l’amour ou la société. Elle essaie tout, comme une malade hypocondriaque essayerait tous les remèdes pour venir à bout de son mal. Mais la mort est la seule solution qu’elle trouve pour être en adéquation avec elle-même. »

La langue de Sarah Kane est une langue simple, mais très rythmée, « une langue aiguisée comme un sabre », comme le remarque Siaud, avec humour. À la lecture du texte original, l’équipe demeure avec l’impression que l’anglais, dans cette œuvre-ci, est plus concis, plus dansant, plus rock, et qu’il faudrait retrouver cette même pulsion dans la langue française. Selon Siaud, la traduction de Guillaume Corbeil permet justement de redécouvrir l’énergie vitale du texte; son côté punk, mais aussi son côté plus humoristique et ironique, aspects moins présents dans la version traduite de l’anglais par Evelyne Piellier.

« Avant de se donner la mort, la protagoniste se démultiplie pour laisser la parole à toutes les instances de son moi. Elle laisse vivre en elle un grand débat : va-t-elle le faire ou pas ? Avant de trancher, elle laisse parler le médecin, l’être aimé, la mère, la foule ou encore le monstre qui se terrent en elle. Après avoir croisé toutes les figures de lumière et de noirceur qui grouillent dans son âme, elle prend la décision finale de quitter le monde. Le passage à l’acte est le fruit d’une traversée accidentée, riche en péripéties »

Issue paradoxale parce qu’à la fois soulagement et découragement. « C’est un choix lumineux parce qu’elle se délivre de quelque chose, elle se déleste de ce qui est, pour elle, le poids de la vie. Elle est incapable de mentir, elle ne peut pas vivre dans la compromission morale, alors elle préfère aller du côté des morts. C’est sa façon à elle d’être en phase avec ses valeurs et son éthique de la vérité. C’est ainsi qu’on a choisi d’appréhender le texte. Sa décision de « lever le rideau » a donc quelque chose de libérateur et rédempteur, même s’il porte bien sûr la marque de l’échec. »

Cette dernière œuvre théâtrale de Kane, contrairement à ses premières, ne comporte ni requête, ni didascalie, ni distribution précise. Un metteur en scène pourrait choisir vingt acteurs, comme il pourrait n’en choisir qu’un seul. Siaud fait le choix marqué de confier la tâche à une seule interprète. L’actrice Sophie Cadieux incarne tous les personnages et toutes les voix. Elle se laisse traverser par la multiplicité de dialogues et de personnalités qui ont hanté Sarah Kane.

« Nous abordons 4.48 Psychose comme un spectacle seul en scène, mais avec le désir de faire entendre tous les dialogues qui s’y cachent. J’aimerais créer l’impression qu’on a mille personnages qui discutent entre eux, avec ce tour de force que ce n’est qu’une seule actrice qui les incarne tous. Il faut dire que Sophie Cadieux a le registre gigantesque qui permet d’incarner ces brisures, ces visages, cette foule indiscernable. Son charisme lui donne assez de force pour porter le spectacle dans ce paradoxe de la solitude et de la multiplicité. Sophie est une caryatide ! »

 

4.48 PSYCHOSE

Mise en scène: Florent Siaud
Interprétation: Sophie Cadieux
Texte: Sarah Kane
Traduction: Guillaume Corbeil
Production: Les songes turbulents
Durée: 1 heure

Pièce présentée au Théâtre La Chapelle du 27 janvier au 6 février 2016

 

Nous, on y sera!

J & O xxxx

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