Discours d’un cancer

9 Mar

W;T ou Wit qui veut dire esprit. Beaucoup d’appréhension parce que la pièce porte sur le cancer et que je m’effondre en larmes à chaque fois que j’écoute Nouvelle adresse et que je participerai à mon second Relais pour la vie cette année parce qu’il s’y produit de sombres miracles et des instants magiques.

Que je n’y comprends rien à cette démone de maladie, parce qu’il n’y a rien à comprendre. Je prends une grande respiration et je m’installe au Théâtre de la Bordée qui présente la pièce jusqu’au 28 mars.

Vivian Bearing est -était- professeure de littérature à l’université, une sommité dans son milieu que les étudiantes et étudiants redoutaient et dont ses collègues jalousaient la rigueur d’une aussi vaste connaissance de la poésie anglaise de XVIIe siècle. Cette caractéristique pourrait la différencier de la femme conventionnelle alors que, au contraire, elle en fait une dame puissante et dévouée. À l’image de bien des femmes que nous côtoyons – mères, tantes, cousines, les âgées et les juvéniles, les ancêtres et celles à venir. Et tandis que nous arrivons aisément à la comparer à cette femme dans nos vies, nous sommes pris au piège. Si Viviane ressemble à votre mère, alors vous la verrez apprendre qu’elle a le cancer à cinquante ans. Si Viviane s’apparente à votre meilleure amie, alors vous la verrez disparaître sous une faiblesse due aux douleurs accumulées. Pris au piège et emportés dans cette noirceur qu’est la condamnation que vivent celles et ceux, leur famille et leurs proches sur qui tombe le diagnostique d’un cancer. Déportation de sa propre vie à l’extérieur de son corps malade. Un naufrage pénible.

Alors, quand cette férue de littérature annonce clairement qu’elle s’adressera à nous avec ironie, personne n’a le coeur à rire. Mais, nous avons ri, beaucoup. Elle tourne au ridicule les docteurs qui l’examinent comme un cobaye à qui ont a injecté un vaccin récemment cuisiné. Les docteurs doutent, ils ignorent les effets qu’auront les fameux médicaments. On l’observe, on l’examine, on s’assure qu’elle urine autant qu’elle boit. Et elle arrive à le rendre comique.

Crédit : Nicola-Frank Vachon

Crédit : Nicola-Frank Vachon

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Crédit : Nicola-Frank Vachon

Loin de vouloir banaliser ce drame, elle parvient aussi à nous faire pleurer car, au fond, elle agonise. Ses élans littéraires sont de moins en moins passionnés, ses phrases sont plus courtes comme son souffle. Son tout petit souffle à la fin qu’on attend – et qu’on entend- s’éteindre à tout moment.

Les mots sont beaux et percutants. Leur effacement l’est tout autant. Et tous ces gens en larmes dans la salle, tous en colère contre le cancer.

Honnêtement, aussi morbide que cela puisse paraître, c’est une pièce libératrice que j’aurais aimé voir si ma mère ou ma meilleure amie avaient cette maladie. Je voudrais savoir avant de dire que j’aurais aimé savoir. Connaître tous les regards possibles qu’il me serait possible de poser sur cette guerre acharnée contre un corps.

Pour un extrait de la pièce :

 

Marie-Philippe

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