Cocaïne Labrèche

aiguilles

Il y a de ces réalités qui transcendent les lieux et les époques. Ces réalités de 1949 où Mile Davis, jazzman sublime, rencontre Juliette Gréco – à Paris. Pour ensuite l’aimer en dépit de la ségrégation américaine qui, de toute façon, entre les seins de la chanteuse et l’existentialisme européen, n’existe pas. Ces réalités de 1989 où Robert, comédien québécois, séjourne dans la ville-lumière pour être narrateur d’un documentaire sur le dit musicien. En souffrance d’un amour perdu, cruel. C’est dans le huis clos de la chambre 9 de l’hôtel La Louisiane, qu’il appelle au secours à frais virés.

Son cri se perd, en écho de Juliette et Miles qui ont partagé ce lit où Robert nuit blanche aujourd’hui, ce même où Simon de Beauvoir et Jean-Paul Sartre ont fait exister leur intime existence. Ces réalité où le besoin de sevrage est celui d’arrête d’aimer, un besoin d’indifférence que la drogue fournit. Le manque se traduit sous la même dépendance, il est à combler, à gorger et ce, au risque d’exploser. Pas tant à mille lieux de l’implosion qui les ronge à petits feux, ces malheureux. L’opium de Jean Cocteau après la disparition d’un jeune amant, l’héroïne de Mile Davis dès son retour à New York et l’hypnose/l’acupuncture pour Robert dont le recours aux médecines douces et modernes n’euphémise en rien sa misère à celle des autres artistes. Comme l’aiguille qui traverse la peau, les veines et les vaisseaux, qui transmet au sang ce qui foudroie le coeur en un instant. La drogue, dans le pire des cas. L’amour, quand on se retrouver chanceux à deux.

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Les aiguilles et l’opium est le fruit d’une scénarisation de Robert Lepage que l’on reconnait aisément dans l’esthétique des sons et des projections. Le projet a déjà existé au XXe siècle. C’est d’ailleurs Marc Labrèche qui a demandé à M.Lepage de reprendre la pièce, de revisiter ce qu’il avait créé en 1991 suite à une rupture amoureuse. Ce défi diffère des autre relevés par l’auteur et metteur en scène car, presque quinze ans plus tard, le monde est changé. Il le dit lui-même d’ailleurs: « Écrit bien avant Internet, les médias sociaux et les événements du 11 septembre, les questionnements existentiels du protagoniste sont plus universels que jamais.» Alors comment conserver toute l’essence du désespoir humain à travers le travail virtuel auquel nous a habitué Ex Machina? Condenser les effets dans un cube parfait et inviter Miles Davis en chair et en os à jouer son fantôme. Interprété par Wellesley Robertson III dont je suis maintenant, clairement, amoureuse. J’ignore encore s’il est acrobate ou musicien, mais il le fait bien. Il nous fait basculer à chaque coup de bassin, chaque souffle dans l’instrument.

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Plusieurs choix qui matérialisent les changements , ceux de décor et d’histoire, de personnages et de visages. Le travail de toute l’équipe permet de faire pivoter tous ces mondes les uns dans les autres. Réellement pivoter. en vrai. Mais je ne dévoilerai pas ce secret. Il vous faut voir cette pièce captivante et divertissante. Parce que Marc Labrèche. Avec un talent que je ne lui connaissais pas. Un tragédie que je ne lui connaissais pas, une vrai profonde. Des pleurs et les épaules suffocantes. Avec -toujours- sa façon de ramener la scène suivant à de la pure dérision. Et, lui aussi, quelques tours de rein pour les besoins du spectaculaire où il tient trois rôles: Robert, Jean Cocteau et Celui de tous les Hommes pourchassés par le vide, par leur brutale absence à Elles.

Le manque.

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