Fucking Molly

GO_13_14_images1b

Nous sommes deux femmes et entrons dans la salle du Théâtre EspaceGo sans avoir fini de discuter de nos dernières et récentes pieuses réalités. Le souffle coupé de voir Molly Bloom, étendue sur un massif de bois, lit conjugal. Nous l’imaginons nue sous sa robe rouge femme. Déjà la chaleur d’un quelque chose. Elle est là, à rêvasser parmi nos conversations. Déjà l’écho d’une mélopée.

Contexte. 1922. James Joyce écrit Ulysse et achève son oeuvre avec un monologue sans ponctuation ni respiration. Molly Bloom s’essouffle entre des extases et autant d’orgasmes. Elle se rappelle son premier baiser, son mari d’aujourd’hui et ses amants de toujours. Elle détaille leur membre et leur conquête de son organe. Elle se cambre sous le poids de son imagination et exulte tout l’érotisme de ses pensées. À l’époque, faire parler ainsi une femme rendait la chose encore plus audacieuse et (autrefois) obscène. Qui plus est, sous la plume d’un homme, comme si sous ses mains.

846179-anne-marie-cadieux-piece-molly

Puis, aujourd’hui, au masculin encore. Jean-Marc Dalpé qui traduit ce texte aux saveurs actuelles et au langage québécois. La langue, oui. Mais les lèvres, aussi. Celles d’Anne-Marie Cadieux Son corps svelte et saccadé de mouvements quasi nonchalants. Se dévêtant de sa culotte souillée, lorsqu’elle tâte sa poitrine endolorie. -versus- sa grâce bénie dès qu’elle chante ou son corps baignant de lumière quand elle se souvient le bonheur d’avoir dit oui. Sa démarche lorsqu’elle se rend aux toilettes pour s’accroupir au sol baigné de sable fin -versus- son trot de promenade quand elle se souvient de sa carrière de désirée chanteuse. Son corps raconte autant que ses mots. Ils dévoilent même des pensées encore plus secrètes que celles qu’elle ose prononcées.

image

Bravo au travail de la metteure en scène, Brigitte Haentjens, qui nous porte à croire que Molly Bloom épèle chacun des fantasmes de son discours. Car, en plus de son corps qui est un monologue à lui seul, les tonalités de la voix d’Anne-Marie Cadieux sont révélatrices. Une inquiétude, un désir, une colère ou simple constatation. À chaque idée, une couleur et un ton. Pour une toile peinte à la perfection et une rythmique de diction. L’heure et quart passe.

Nous, femmes, avons ri. Elle a joui.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may use these HTML tags and attributes:

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>