Frozen (Océan Arctique), à l’intérieur du drame

Deux de nos louves  ont assisté, le 5 mars dernier, à la pièce Frozen (Océan Arctique), présentée au Théâtre de la Bordée, à Québec. Compte-rendu sous forme comparative (tellement formel, coudonc on est tu à l’université?) des impressions de nos deux « critiques » de théâtre.

KARYAN

La scénographie

C’est sans contredit ce que j’ai le plus appréciée de Frozen. L’espace utilisé judicieusement, mais également l’utilisation d’écrans de projection qui ajoutaient un certain dynamisme aux monologues des personnages. Il faut dire que le travail de mise en scène de Jeremy Peter Allen était une grande force de la pièce. La scène était divisée en trois espaces, chaque espace représentait un lieu/une époque. Cela permettait aux spectateurs de bien suivre l’histoire qui voyageait plus d’une fois dans le temps. Tout restait simple et laissait une grande place au texte.

Le jeu

Un défi de taille attendait les comédiens; un texte truffé de monologues où le personnage s’adresse tantôt au public, tantôt à lui-même. Les scènes où les personnages établissent un dialogue sont très rares. C’est peut-être ce qui m’a moins permis d’embarquer dans l’histoire. Par contre, je lève mon chapeau à Marie-Ginette Guay qui m’a laissé sans voix dans le rôle de la mère. Également, Éric Leblanc, dans le rôle du psychopathe que l’on détestait, jugeait, mais sans cesser de l’analyser.

L’histoire

Le sujet n’était pas léger (on parle du viol et du meurtre d’un enfant). Avec les monologues où l’on brisait le 4e mur, j’avais l’impression, en tant que public, d’être interpellée et placée dans une position peu confortable. J’avais l’impression de vivre la douleur, les défauts, les fantasmes, la folie des personnages avant l’histoire. Ce n’est pas négatif en soit, mais je ne suis pas sortie aussi bouleversée de la Bordée que je l’aurais cru lorsque j’ai pris conscience de l’histoire. Certes, on quitte la Bordée en se disant «est-ce que c’est vraiment possible?» (Je ne vous dirai pas quoi, c’est à vous d’aller voir Frozen, vous avez jusqu’au 29 mars).

Si je devais donner une note sur 10, je donnerais :

6. Je suis sortie de cette pièce en me questionnant, bien entendu, mais je n’ai pas l’impression qu’elle m’ait assez marquée pour que je me questionne encore aujourd’hui. Le sujet est très loin d’être banal, mais l’histoire n’est pas venue me cherchée autant que je l’aurais cru. Ceci étant dit, à elle seule, Marie-Ginette Guay vaut le déplacement!

Crédit : Blogue Mon Saint-Roch

LAURIE

La scénographie

La grande admiratrice de mise en scène et de mise en lieu en moi a adoré la scénographie de la pièce. Trois espaces de jeu, parfois entremêlés et n’appartenant à aucun personnage, permettent une séparation temporelle mais aussi une coupure entre les différents états d’esprits des situations. Au dessus et à l’intérieur des trois cubes était projeté différentes images et textes, permettant d’imager ou de remettre en contexte les monologues. Une vraie scénographie épurée, bien utilisée et qui rend bien le texte.

Le jeu

Dans une chronique dans le Voir, Jeremy Peter Allen évoquait  son désir de travailler un scénario différemment « Je voulais construire des personnages avec les comédiens, pas seulement les diriger. Je cherchais à me replacer dans un contexte où je redevenais un créateur et non seulement un exécutant. » C’est vraiment ce qui m’a plu dans cette pièce, le travail et la teinte que donne chacun des comédiens à son personnage. Marie-Ginette Guay est touchante et vraie dans le rôle de Nancy, une mère déconstruite suite au meurtre de sa fille. Et que dire d’Éric Leblanc, Ralph le psychopathe qu’on cherche à analyser sans vraiment comprendre la source de son dysfonctionnement. Bien que la cohésion entre les personnages se fait rarement, c’est ce que j’ai apprécié : pouvoir identifié la hauteur du talent d’un comédien quand il n’a que lui-même comme appui. Mon bémol, le personnage d’Agnetha, docteure jouée par Nancy Bernier. Sans douter du talent de la comédienne, les problèmes de la psychiatre m’ont laissé de glace, on en apprend trop peu, trop tard pour bien les ressentir.

L’histoire

La thématique du meurtre et de l’enlèvement d’enfants est toujours assez bouleversante, par sa part d’incompréhension et d’injustice.  Ce que j’ai apprécié du scénario en tant que tel, c’est la vision de trois acteurs qui vivent l’enlèvement d’un enfant, de trois point de vue différents sur la situation. Le tueur, la mère et l’intervenante. Bien que le texte était principalement composé de monologues, et donc que les comédiens parlaient plus souvent directement au public qu’à un autre personnage, j’ai aimé la façon dont on a abordé le délicat sujet.

Si je devais donner une note sur 10, je donnerais :

7,5, pour la qualité du jeu et la scénographie innovante qui servait très bien l’histoire. Le bémol est que je n’en suis pas ressorti bouleversée, comme j’aurais cru l’être avec un sujet tel que celui-ci. Mais somme toute très bon moment, et bonne pièce!

Grand merci à La Bordée de nous avoir permis d’assister à la Première de la pièce!

La pièce est présentée jusqu’au 29 mars.

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