Quand matante s’en veut d’avoir été folle.

17 Mar

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Je ne connais l’historique familial de personne. Sauf peut-être de ceux qui veulent  bien me le raconter, ceux qui -entre une pile de bières- se retrouvent souvent amers. J’ai déjà vu mon grand-père pleurer entre les hoquets de deux regrets. J’ai déjà entendu ma tante détester ses amants et la couleur de son appartement. Voilà un peu l’effet que la pièce m’a fait samedi passé. J’étais devant tous ces gens, tous ces âges de gens qui se détestent d’être, qui plus est, depuis 1942.

Il y a trente ans -1984 pour celles et ceux- Michel Tremblay publiait «Albertine en cinq temps». La rétrospective un peu glauque de cette vieille dame qui déménage à 70 ans dans un foyer de personnes âgées. Dans sa petite chambre qui pue, cinq fantômes. Elle(s) depuis les quatre dernières décennies et sa défunte soeur, Madeleine. Chacune s’entretient aux dix ans plus tard des choix qu’elles ont fait, aux dix plus tôt des décisions qu’elles n’ont pas prises. Elles se répondent et se reprochent au meilleur de leurs connaissances. L’aigrie se moque du sourire d’une ancienne, elle sait que cela ne durera pas. La mère indigne remercie le courage de celle vingt ans après qui se débarrasse des enfants.

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C’est une charade d’époques, très bien ficelée par le travail de Lorraine Pintal, metteure en scène. Les décors sont immaculés, blancs et architecturaux. Michel Goulet a su faire briller la particule d’étincelle de chaque Albertine sur scène; la bouteille de Coca-Cola de 1962, la cigarette de 1952 ou le balcon de 1942. Les costumes sont prudes et parfaits, ceux de Sébastien Dionne. Le même col roulé jaune, la veste pastel et cette grotesque jupe bleu. Point barre. Aucune couronne en fourrure, aucun boa parsemé de pierres précieuses, aucunes jarretelles de velours. Tremblay dans tout ce qu’il a de plus authentique.

Et de plus fatal. Si vous connaissez, imaginez Albertine. Culpabilisant d’avoir mis au monde un Marcel, dont la déficience mentale devient le tabou familial. Honteuse d’avoir pratiquement battu à mort sa fille Thérèse qu’elle ne peut s’empêcher de traiter de guidoune, mais jamais de pute. Chacune d’elles, doyennes de années précédentes, prisonnières de qui elles ont été et refusent de continuer à être. Ces femmes enragées, perdues, éperdues que Tremblay a toujours eu l’audace de faire se parler, de faire s’engueuler.

Une belle pièce qui se lit certainement aussi bien qu’elle s’écoute. À vos cartes de bibliothèque ou votre paire de billets, les deux investissements se valent autant.  Seulement, il n’y aura aucune voix comme celle de Monique Miller pour narrer l’enfer des années accumulées.

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