Se brûler les ailes.

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mea culpa, vilaine moi. j’ai eu la haine facile envers le théâtre du nouveau monde -petit T, petit N, petit M.- en novembre dernier, j’ai assisté à la représentation de la pièce «le balcon» -petit L, petit B.- et il m’a été impossible de vous écrire ce que j’en avais pensé. parce qu’il m’a été encore plus impossible d’en penser quoi que ce soit. je suis rarement déçue, je suis souvent quasi constamment surprise. mais, cette fois-là, rené richard cyr – petits R. petit C.- s’est adressé à un autre public que moi. je suis fidèle, mais j’ai flirté avec beaucoup d’appréhensions depuis. je crois même avoir dragué l’envie de me passionner pour le cinéma – grand C.

toujours est qu’il ne s’agissait que de la seconde pièce de la saison et qu’il  me fallait donner la chance aux quatre suivantes. janvier donc, deux mois plus tard dans ma tourmente. direction théâtre, vers le mythe d’ «Icare». je ne lis aucun article, je n’écoute aucune critique. ce que je sais : Michel Lemieux et Victor Pilon de Lemieux Pilon 4D Art participent à la mise en scène. je les connais. ils étaient là pour «La Belle et La Bête» quand il a fallu faire mourir les rosiers et s’évaporer le monstre mal-aimé. physiquement, il n’y avait ni rose, ni animal. mais, eux deux parviennent à projeter les êtres dans les dimensions que nous côtoyons.

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idem pour Icare qui s’échappe par la voie du ciel pendant que des milliards d’étoiles s’illuminaient de la scène au balcon. idem pour Dédale, son père, qui  n’en finit plus de converser avec les fantômes de ses regrets. l’enchâssement est difficile à suivre. on ne sait plus trop à qui la faute, si Dédale a fait exprès de coller les plumes avec de la cire, qu’il a dit de s’éloigner du soleil pour que son fils s’en approche davantage. l’auteur, Olivier Kemeid a une pensée brillante, mais elle ne scintille pas autant qu’elle le pourrait. peut-être ne suis-je qu’une fille et la relation papa-fiston ne m’évoque pas les mêmes sensations. reste que son mythe est une interprétation. la voie lactée sur mes bras et mon cou. splendide. puis, plus rien. puis, encore. puis, rien.

parmi le français international et timide de Renaud Lacelle-Bourdon, la voix mâle et authentique de Gilles Renaud dont la carrure impressionne. parallèlement à cette fragile faiblesse qu’il exprime à perpétuité. on croit dix fois qu’il va mourir sur scène tellement il la joue. surtout quand enfant-icare se lamente auprès de lui, avec une petite voix aux promesses puissantes. beaucoup d’envol. peu d’élan et une chute beaucoup trop brève.

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et, à l’aube de cette chute, Noëlla Huet, mezzo-soprano qui plus qu’accompagne les deux comédiens. elles les porte, les berce. elle rugit tout ce qu’ils ne se disent pas. elle hurle. s’arrête. et ce miraculeux silence ensuite, pendant que toute la salle se demande si la pièce est terminée, que toute la salle peine à commencer à applaudir. en espérant qu’elle se remettra à chanter le vrai mythe, jouant le choeur à elle seule.

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